Guerre ou paix ?

Les gravières s’étranglaient sous le fracas des pluies diluviennes. Dans le torrent, l’eau coulait visqueuse et sale. Autour de nous, seulement des champs déserts. Et pourtant on imaginait, là tout près, des animaux tanguer dans ce décor lunaire, gorges exsangues, langues acides. Nous savions qu’une louve antique, à l’amour viscéral et généreux, aurait été notre seule protection. Etions-nous le jouet du premier cataclysme nucléaire ? Personne n’a su nous montrer d’un index rassurant la fenêtre d’où une lumière fraîche nous aurait éclairés.

Poésie-fiction

 

Mistr’Arles

ARLES un jour de grand MISTRAL. Les platanes se décomposaient en lambeaux sur les trottoirs, le vent courbait chaque passant vers son but. La solution était l’abri dans une enceinte close, au cœur d’un monument. Comme lavé par ces langues tempêtueuses, le décor d’eau, de ciel et de pierre s’est fondu dans un gris pâle. Le temps s’est apaisé et nous a offert une longue respiration.

 

Sur l’étagère

Un objet a bougé sur l’étagère de livres
Un objet s’est déplacé dans un léger froissement

Le brouillard de mes pensées ne l’a pas identifié
Était ce une ombre seulement l’ombre d’une main
cherchant le livre préféré

Un objet lentement en mouvement sur les titres à la suite
Un outil de reconnaissance des lignes imprimées

Lecteur magnétique des codes littéraires amoncelés
il va m’aider à me souvenir des pages déjà lues
me remémorer les mots oubliés

Au réveil je vois l’étagère face à mon lit
La pile de tee shirts est tombée cette nuit

 

Dernière chevauchée

L’hiver sonne à midi dans ce lieu isolé. J’aurais dû chevaucher jusqu’à la plage, m’encorder aux ganivelles et faire le mort. Je serais resté l’enfant imitant les héros des Seize légendes maritimes. Dans ce panorama propice au rêve, le liquide bleu limpide mouille la pointe de terre. Ici plus que partout ailleurs, je me brise. Un peu triste, je recouvre à l’encre le sable accroché à mon corps. Il faudra encore un effort, regarder vers l’horizon pour m’éclairer une dernière fois, effilocher les vagues réminiscences et arriver au port.

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