Guerre ou paix ?

Les gravières s’étranglaient sous le fracas des pluies diluviennes. Dans le torrent, l’eau coulait visqueuse et sale. Autour de nous, seulement des champs déserts. Et pourtant on imaginait, là tout près, des animaux tanguer dans ce décor lunaire, gorges exsangues, langues acides. Nous savions qu’une louve antique, à l’amour viscéral et généreux, aurait été notre seule protection. Etions-nous le jouet du premier cataclysme nucléaire ? Personne n’a su nous montrer d’un index rassurant la fenêtre d’où une lumière fraîche nous aurait éclairés.

Poésie-fiction

 

Mistr’Arles

ARLES un jour de grand MISTRAL. Les platanes se décomposaient en lambeaux sur les trottoirs, le vent courbait chaque passant vers son but. La solution était l’abri dans une enceinte close, au cœur d’un monument. Comme lavé par ces langues tempêtueuses, le décor d’eau, de ciel et de pierre s’est fondu dans un gris pâle. Le temps s’est apaisé et nous a offert une longue respiration.

 

Dernière chevauchée

L’hiver sonne à midi dans ce lieu isolé. J’aurais dû chevaucher jusqu’à la plage, m’encorder aux ganivelles et faire le mort. Je serais resté l’enfant imitant les héros des Seize légendes maritimes. Dans ce panorama propice au rêve, le liquide bleu limpide mouille la pointe de terre. Ici plus que partout ailleurs, je me brise. Un peu triste, je recouvre à l’encre le sable accroché à mon corps. Il faudra encore un effort, regarder vers l’horizon pour m’éclairer une dernière fois, effilocher les vagues réminiscences et arriver au port.

Page Poésie-fiction

 

Paru dans la revue FPM 22

Au bout …

un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
menottes rondement
appliquées sur les muscles
étirés
le mouvement la marche
bloqués
une vie au ralenti
au bout il faut compter
que rien ne sera libre
empêché de l’intérieur
verrouillé et stupéfait
la vie sera sans espace
les menottes prises
les mains inutiles et
l’esprit
oui l’esprit
un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
dans ce dessin bleu de nuit
la fin de vie est carcérale

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