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La ville noire

Ville pleine
où errent les misères
Les voit-on
les ignore-t-on
les rêve-t-on
Ville noire ville blanche
aussi impersonnelle
qu’une prière ordinaire
Habitée Déshabitée
Brûlée au hasard de ses rues
rayées des salissures
des hommes parvenus
et des hommes encore non advenus
C’est ça la ville
impuissante active et punie
Bornée des bruits obsédants
de vie de mort et d’ennui

La ville noire, roman de George Sand – 1860

La ville noire décrit une industrie, celle des couteliers-armuriers de Thiers. Dans cette société miniature, bas et haut s’affrontent, peuple des ouvriers du Trou d’enfer et celui des bourgeois de la ville haute.
« Une fois brouillé avec l’espérance, on s’abrutit tout doucement dans le travail quotidien ; on arrive insensiblement à ne plus regretter, à ne plus comprendre le mieux ; on se néglige, on s’abandonne au moral et au physique ».

Le géranium rouge

Un volet s’ouvre en claquant contre la façade jaune de la villa. Au bout du jardin, le lac de Côme brille faiblement sous le premier soleil. Elle avance le pot de géranium au plus près du jour. Il faut arroser les plantes ce matin, des amis lui ont dit que les géraniums, ça aime l’eau ! Elle repense tout à coup à ces vacances avec Tom et Sylvia… Une station balnéaire de la côte Adriatique. Immeubles défraîchis bâtis entre la route et la voie ferrée longeant la plage pâle. Une eau étale et un ciel brumeux presque chaque jour. Ils étaient alanguis et oisifs, une morne mélancolie les submergeait au cours de l’été finissant. Elle revoit le jardin public où une femme avait trébuché non loin du banc où elle était assise. Un homme la poursuivait, elle était tombée dans le parterre de géraniums et, au milieu des fleurs rouges, sa robe avait formé cette tache blanche inoubliable.

Des ocres, faire des calories

Il faut allumer la chaleur. Des ocres, des rouges, des ors faire des calories. Les baies accrochées aux branches encore vertes, les piler pour les fondre en liqueur puissante. Le froid s’accroche ? Oui, les vitres montrent leurs perles d’eau et font du jardin un bijou glacé, un gâteau fouetté de décors jaunes bruns. J’ai envie d’accrocher la chaleur d’un poêle virtuel. Des voix venues du nord, ces voix virtuoses de la négation des froids, accompagnent la lente chute des feuilles. Ce n’est pas le vent que j’entends, mais le chuchotement de ces amis lointains qui veulent m’apprendre l’hiver, le froid et les longs mois endormis. Me montrer le don d’un pelotonnement dans la laine douce des feuillages tressés sur le dos des animaux. M’aider à me calfeutrer dans le sommeil des hivers blancs et bleus. Il faut allumer la chaleur, disent les voix. Il n’y a pas d’autre choix. Et le poêle s’allumera, fera don de sa chaleur innée.

Un soir dans la maison

Le soir habille la fille filant la laine d’ombre
Dans un amenuisement imperceptible
son esprit tangue

Marcher est un défi
elle faiblit
soupire à la lumière bleue

Dans la maison
-un voile et tant de peines
envies
espoirs
Elle s’affaisse sur l’asthénie
d’un soir

Au-dessous du front lourd
son regard sur l’enfant
-un espace d’amour là autour

Son œil hésitant
entre la fresque dessinée
dans les nuages
et le sol froid de la chambre
-Est-elle forte pour le poids de l’enfant

Des craquelures crissent dans le ciment
son oeil de haut en bas écoute le silence

Et l’enfant dort comme il rêve
enroulé au lendemain

Quatre impressions

Impossible me fait peur, alors je vis de tons bleus
Comme si noir était impossible, une non couleur un non sens

Pourquoi l’apparence serait elle trompée
Il suffit de rire, de se laver sous les larmes d’un matin même blême
Après l’apparence noter tout ce qui scintille

Attendre est un mot de lenteur, chaque jour rechercher sa saveur suave
Et sublimer la lente naissance du matin

J’encolle le souvenir, je cachette le texte et l’envoie au loin
La dernière larme fait une tache d’encre sur ma main

Mélancoville

La ville nous regarde passer dans ses rues, sur ses places. Et le soleil nous guide vers d’autres rues, d’autres places. Le décor se fond devant nos yeux. Les monuments, anciens, déclassés, n’attirent plus nos regards, nous les avons mémorisés, ces bâtiments baroques et froids, connus depuis toujours. On ne regrette pas quand les bus trop hauts les masquent du décor. Nous entendons les passants, touristes, travailleurs, parler et rire, peupler la ville. Les boutiques les prennent, les rendent automatiquement, continuellement.
Alors on va chercher le silence dans les églises. On ne dit pas même une prière, on ne croit pas. Par le vitrail la lumière chauffe notre front que nous gardons tendu vers nos rêves. Quand nous entendons le banc craquer sous le poids de notre repos, on se glisse au dehors. Et ses bruits nous frôlent à nouveau…
Dans la ville trop habitée, nous aimerions pourtant écouter des pas se rapprocher, des amis nous parler.