Archives de catégorie : Impressions

Cette chose écrite…

Et ce matin il y a eu ce courrier un recueil de poèmes mais qu’est ce donc que cette chose de papier où les mots sont bien ordonnés ils veulent raconter des souvenirs des angoisses des désirs on lit un poème par page et les pages les unes après les autres et puis finalement on referme le cahier avec le nom de l’auteur en lettres capitales mais fausses car l’auteur a choisi un pseudo pour ne pas écrire lui même laisser un autre prendre la parole à sa place c’est plus commode et la bloquer avec de l’encre

On pourrait y voir un cadeau des mots que l’on a voulus pour éructer une angoisse que l’on ne peut raconter que l’on ne raconte à personne parce que ça n’intéresse personne se sentir enfant à six fois dix ans et que les souvenirs c’est démodé à la fin on ne partage rien alors on fait un poème en jolies lettres qui sonnent dans les mots mis cote à cote comme des enfants qui se tiennent par la main peut être ce sera un soulagement finalement de voir les lettres passer du cerveau à la main puis au clavier et ensuite photographiées sur l’écran jusqu’à ce jour où elles arrivent imprimées sur papier

Mais on sait au fond de soi qu’il faudra recommencer encore et encore à écrire les mots que l’on ne dit pas qu’il y aura encore des écrans barbouillés de mots jetés en vrac ou ordonnés on ne sait pas les années passeront ainsi

Eh, toi !

Eh, toi ! Là-bas, loin
Porté – emporté
Balancé de l’aube au Nord
Jeté à ton hasard
Pourtant ourlé d’embruns de marée
Si marqué
Que ton visage – tes yeux
Je les mire – je les navigue
Toi si loin
Déporté au-delà de mon cœur
Pour un instant – pour toujours
Happé par le vent les brises l’ouragan
Qui mugit dans mes veines
Tes veines à toi
Si transparentes
Et si pleines de mon sang
Eh, toi !

Laisser verdure…

A G. Sand
Ancolies et mauves luisent et poussent
dépôt incessant sur ce sol absent et cette terre brune
La senteur du fumier en écharpe
la verdure continue de montrer sa face vive
crie et rit, jure et jubile sur le tapis de graminées
et le talus de plumes riche des nourritures
Laisser encore verdure se nourrir dès l’aube
près de la mémoire d’un lieu long de quelques décennies
riche de quelques humeurs et malheurs …
Laisser verdure crier ici

 

Eloïse

Elle était née avant la guerre. Au mois d’août de l’année où les premiers congés payés avaient entraîné sur les routes de France quantités de familles ouvrières. La sienne n’était pas encore de celles qui allaient adopter les loisirs. Son père, arrivé seulement une dizaine d’années plus tôt de Lombardie, quasi analphabète, vivait certainement de manière instinctive le mariage avec la cadette d’un couple de français, mère catholique pratiquante et père aux convictions rigides. (…)

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Celle qu’on appelle littérature

Peut-elle briguer un tel sacerdoce ? Perplexe et soucieuse, elle rêve encore devant ses collections de livres. Elle parade sans doute en disant être née de la dernière révolution. Depuis longtemps, nous simples mortels, elle nous fait basculer dans l’imaginaire, nous plonge dans le passé, pourfend nos moindres évidences. Et comme un oiseau tambourinant à notre mémoire, de son petit rire, elle jubile devant notre soudaine prospérité intellectuelle.

Poésie-fiction

 

Paru dans Lichen n° 38

Balade

Elle passait sur la promenade là devant nous
montée sur un gyropode
le regard posé au loin
Elle était dorée
un peu ronde dans une robe un peu décolletée
une blonde venue du nord certainement
Il faisait un temps doux de fin d’été
le jour était doré
Tout à coup elle est réapparue au milieu d’un groupe là tout près
Ils étaient six à la table d’à côté
parlaient une langue du nord certainement
Elle était rayonnante et dorée
dominait la petite assemblée
le regard au loin
lumineuse sur cette terrasse d’été
la pensée attachée au gyropode

Lichen n° 38 – juin 2019

 

Mélancoville

La ville nous regarde passer dans ses rues, sur ses places. Et le soleil nous guide vers d’autres rues, d’autres places. Le décor se fond devant nos yeux. Les monuments, anciens, déclassés, n’attirent plus nos regards, nous les avons mémorisés, ces bâtiments baroques et froids, connus depuis toujours. On ne regrette pas quand les bus trop hauts les masquent du décor. Nous entendons les passants, touristes, travailleurs, parler et rire, peupler la ville. Les boutiques les prennent, les rendent automatiquement, continuellement. Alors on va chercher le silence dans les églises. On ne dit pas même une prière, on ne croit pas. Par le vitrail la lumière chauffe notre front que nous gardons tendu vers nos rêves. Quand nous entendons le banc craquer sous le poids de notre repos, on se glisse au dehors. Et ses bruits nous frôlent à nouveau… Dans la ville trop habitée, nous aimerions pourtant écouter des pas se rapprocher, des amis nous parler.

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