Revue Comme en Poésie

Cinq textes au sommaire de la revue n° 83 où Jean Pierre Lesieur, dans son édito, réfléchit à la place du poème en cette année de confinement – Septembre 2020

L’attente

Retarder l’envie
de voir plus loin
Respirer dans le désordre
du jour puis du lendemain
Les mains posées à plat
la tête dans l’obscur des nuits
toutes forces dans des élans timides
Et la terre froide
accueillera nos peaux fanées
le soleil encore haut
tendu dans un regard

Naufrage

Ne rien faire
balloter les heures les soirs
dans l’étirement des minutes
Vivre chaque nuit la peau à même la mémoire
Les jours stériles
ne rien faire
sinon aimer les justes
avant le grand naufrage

Reflet

Obscurité des miroirs des maisons douces
Il faut ouvrir la fenêtre à la nuit habitée
de lits occupés
par des morts
des malades
des corps dansants
La lampe est restée allumée
près d’une main
qui dessine l’immuabilité

Printemps deux mille vingt

Corps empêchés
en attente d’espaces méconnus
L’esprit ramène à ce rayon fermé
La nuit révèle des aventures surprises
Des caveaux humides
répandent leurs odeurs de corps et d’humus
Sous les arbres le bouillonnement végétal
aspire son épopée de bruissements
Quand les pas du silence
s’abritent des tumultes lointains

Résilience

Le soleil pâlirait
et la mort serait en devenir
J’absorberais l’O2 d’un ciel pollué
comme une eau désolée
Quand on a aimé l’enfance
on ne souffre la pâleur des jours avortés
Un essaim bruisse dans les nuits
sans lune
ni voyance
Des enfants refusés
errent dans les nuages bas