Mélancolie et regret

RUE DES LOMBARDS « Printemps 1940 dans un village du Languedoc. Ici, la guerre se passe au fond des cours, dans les remises et les cuisines. La guerre des femmes qui font vivre la famille. Autour d’elles il y a des enfants, les leurs bien sûr mais aussi les autres. Des tout petits et des gamins, pas encore des adultes, ils ne sont pas partis… » 

UN ETE 70 « On avait renouvelé la garde robe de l’été. Chaque fille avait eu sa grenouillette en éponge, un maillot deux pièces et un chapeau cloche en cretonne fleurie. Le mien était rouge et bleu, ma grenouillette à fines rayures jaunes et vertes et mon maillot bleu marine à gros pois blancs. On n’avait visiblement pas pensé à accorder les couleurs et les motifs. Mais c’était les vacances et c’était bien… »

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Comme un écho…

Patrice de La Tour du Pin, Les enfants de septembre

[…]
Mais les bois étaient recouverts de brumes basses
Et le vent commençait à retourner au Nord,
Abandonnant tous ceux dont les ailes sont lasses,
Tous ceux qui sont perdus et tous ceux qui sont morts,
Qui vont par d’autres voies en de mêmes espaces !

Et je me suis dit : Ce n’est pas dans ces pauvres landes
Que les enfants de septembre vont s’arrêter ;
Un seul qui se serait écarté de sa bande
Aurait-il, en un soir, compris l’atrocité
De ces marais déserts et privés de légende ?

 

John Ruskin, Les pierres de Venise

Si le voyageur veut se représenter ce qui fut, qu’il suive, le soir, un canal peu fréquenté jusqu’au milieu de la mélancolique plaine, […] qu’il attende que la lumière et la chaleur du soleil s’éteignent sur les eaux, que se perde dans la nuit le noir rivage désert, dépourvu de routes et de bien-être, plongé dans une sombre langueur au milieu de l’effrayant silence qu’interrompt seul le bruit des petits ruisseaux salés tombant dans des flaques sans marée, ou les cris interrogateurs des mouettes. Il pourra alors avoir une faible idée de l’horrible angoisse de coeur qui put jadis décider des hommes à choisir, pour l’habiter, une semblable solitude.

 

Poésie fiction : Miroir

A quelles légendes rêver pour entendre les cris des choses fragiles, quand sur les versants de corail la beauté des arbres nous fait pleurer. Un écho imperceptible porte au-dessus de la route le chant des feuilles de braise. Nos  corps soudain rodent et se fondent au dehors en ossements moutonneux. Et notre image se tient dressée dans le miroir de nos souvenirs.

Poésie-fiction

 

Aux Editions Encres Vives

Midi, pointe du Lazaret

Les Editions Encres Vives publient mon recueil Midi, pointe du Lazaret dans la collection Lieu.

Seize poèmes souvenirs d’enfant et impressions d’adulte.

Extrait …

Panorama intérieur

Regarder
par la fenêtre
ouverte
le ciel bleu et blanc.

Poser la mâchoire
contre l’encadrement
comme sur le rebord
de la terre.
En mordre le recoin
là à portée de dents.

Rejoindre ce monde
abusé…
Ou me fondre
dans l’eau de l’étang
comme dans le conte
fantastique.

Vivre
ailleurs que je ne voulais
pourtant.

Editions Encres Vives

 

Revue Lichen 33

Larmes et autres

A table ils sont,
la famille emportée
au dessus du
partage.
Couteaux coupant l’air retenu
dans cette pièce d’ombres.
Et le repas est servi
odorant et riche.
Course de regards
envieux aigres-doux
rictus phrases courtes
entrechoquant les pensées
en éclats de porcelaine.
C’est un huis-clos
dans l’épaisseur du silence.
Violent.
La jeune fille est lumineuse
seule à regarder
au delà
seule parée de ces larmes calcaires
qui la fondent en pluie.
Elle s’éloigne
de l’assemblée inutile
à deux pas
elle est seule
elle est l’ombre létale.

Revue Lichen

Je suis-je …

Minuscule hommage à Robert Desnos

Je suis-je en colère au matin dans une campagne où j’accouplé-je mes multiples vies
Je suis-je lente et mesurée mais je voudrais-je être la foudre et l’étincelle fleurie
Je marché-je lourdement sur mes tapis de pensées monochromes et thermolumineuses
Je suis-je libre de vivre heureuse mais le sens de mes atermoiements me meutris-je
Je verbia-je et coloria-je mon alphabet de soudaines et fugaces futaies d’yeuses
Je suis-je pauvre devant la riche nature où mon regard se posé-je nerveuse
Je suis-je heureuse par le mot et le geste quand je les maîtrisé-je pauvrement
Je célébré-je ma vie amoureuse évanouie au ras de mes précipices honnis
Je suis-je la femme qui pleuré-je apitoyée sur son lâche enfantement

Exercices de style