Quatre impressions

Impossible me fait peur, alors je vis de tons bleus
Comme si noir était impossible, une non couleur un non sens

Pourquoi l’apparence serait elle trompée
Il suffit de rire, de se laver sous les larmes d’un matin même blême
Après l’apparence noter tout ce qui scintille

Attendre est un mot de lenteur, chaque jour rechercher sa saveur suave
Et sublimer la lente naissance du matin

J’encolle le souvenir, je cachette le texte et l’envoie au loin
La dernière larme fait une tache d’encre sur ma main

Mélancoville

La ville nous regarde passer dans ses rues, sur ses places. Et le soleil nous guide vers d’autres rues, d’autres places. Le décor se fond devant nos yeux. Les monuments, anciens, déclassés, n’attirent plus nos regards, nous les avons mémorisés, ces bâtiments baroques et froids, connus depuis toujours. On ne regrette pas quand les bus trop hauts les masquent du décor. Nous entendons les passants, touristes, travailleurs, parler et rire, peupler la ville. Les boutiques les prennent, les rendent automatiquement, continuellement.
Alors on va chercher le silence dans les églises. On ne dit pas même une prière, on ne croit pas. Par le vitrail la lumière chauffe notre front que nous gardons tendu vers nos rêves. Quand nous entendons le banc craquer sous le poids de notre repos, on se glisse au dehors. Et ses bruits nous frôlent à nouveau…
Dans la ville trop habitée, nous aimerions pourtant écouter des pas se rapprocher, des amis nous parler.

L’air de rien…

L’atelier est désert quand il entre. La radio est branchée sur la matinale de France Musique. Benjamin doit être en train de vernir une guitare dans la petite pièce fermée. Des tables d’harmonie sont accrochées à des fils tendus sous le plancher de la mezzanine. Sur le bois blanc et brut se détachent les rosaces déjà formées. Minuscules motifs concentriques d’éclats de bois de couleur. Sur un établi, une série de manches, la tête comme un cœur à demi fermé. Ding Ding Bang Dong ! Le gingle de l’émission annonce qu’il est 9 heures.
– Ah tu es là ! Je ne t’avais pas entendu entrer.
– Salut Benjamin, tu vas bien ?
– Super. J’écoutais la radio, ils viennent de passer un extrait d’un nouvel enregistrement des Préludes de Villa-Lobos. Magnifique ! Vraiment bien.
– J’ai entendu aussi en voiture. Pas mal, tu as raison. Je me disais que je pourrais peut être le rajouter à mon programme du mois prochain. Villa-Lobos, ça complèterait bien. Qu’est ce que t’en penses ?
– Je trouve même que ça ferait une touche bien colorée, forte quoi, oui ce serait bien.
– Maintenant il me reste à travailler une pièce.
– Eh oui. En parlant de boulot, qu’est ce que tu penses de la guitare ? Elle fera l’affaire ?
– Ben, c’est pour ça que je venais te voir. En fait, y a un petit problème.
– Ah oui ? Tu me fais peur, elle a un défaut ?
– Non, ben, en fait c’est Ludwig… Il n’aime pas le son. Depuis une semaine que je la joue, je le trouvais énervé. Et puis hier soir, j’avais juste le dos tourné, une minute ça a pris, il a planté ses crocs dans le manche.
– Hein ? Tu plaisantes ?
– Ouais ouais, c’est une blague. Ta guitare, elle est géniale. C’est plutôt l’effet inverse qu’elle lui fait à Ludwig. L’air de rien, comme ça, il m’accompagne, il chantonne les airs qu’il reconnaît. Ta guitare, elle l’inspire Ludwig …

Ah ! L’hiver, l’hiver…

La neige tombe du toit et la poudreuse me farde les joues
Sur le chemin le froid crisse et gémit
Les arbres les beaux arbres encore endormis
quelle couleur ont ils eue un jour ici
Le regard figé par ce liquide au fond des yeux
un jour plus tard s’illuminera encore
Le temps si court courra alors vers nous
avec un redoux un relent de gulfstream
*
Le quai est allongé sur le dos des glaçons
Les bateaux y sont lovés
confinés dans leur matière rouillée
Un courant d’air froid agite un fanion
décoloré
une lueur au loin un souvenir de soleil
accroche mon œil là pendant un instant
Et le vent agite des points devant mon visage glacé
kaléidoscope en mouvement sur les façades des immeubles
Ce sont des flocons légers ténus et virevoltants
qui vont pourtant pénétrer
jusqu’au plus profond de mes membres

C’est une ombre…

Le pur arrache la levée du jour avec ses dents
mouille son dos sous les larmes du vent
de la main et de la bouche il imagine son enfance en fait un autre jour
il ouvre ses bras autour de l’arbre prêt à sombrer dans la forêt
Le pur grignote son repas aux miettes des herbes fraîches et épaisses
il ne sait porter ses regards à ses pieds
les pose loin espérant que le poème soit amène
Le pur s’accroche à la matinée ne voit pas les fausses heures
et quand il se couche c’est sur son ombre qu’il repose
sans la cacher au regard de son âme

Elle prie les oiseaux

Elle vit, timide, un rien empêchée. Par je ne sais quels éléments… une atmosphère, la peur des fureurs, un parler trop vigoureux. Oui peut être tout cela. Elle reste souvent à demi cachée derrière sa bible défraîchie, les traits tirés par les veilles, nichée sous le porche de l’église proche, stoïque et réellement sage. Et soudain, certains jours on la voit taquiner la faune, l’alouette qui la frôle au matin. Qui devient alors sa reine, si proche derrière l’écran qui les sépare, si proche qu’elle comble son besoin d’idéal.

Poésie-fiction