Catégories
Impressions & Souvenirs

Quarante ans déjà !

J’étais jeune alors. A peine vingt sept ans. Et maman pour la deuxième fois. Il avait fait beau en ce début de juin. Chaud. Les nuits ressemblaient aux jours. Et cela devait durer tout l’été. Une période de chaleur à l’approche d’une naissance, est-ce préférable au froid ? Je ne sais pas. La météo ne devrait pas intervenir dans des moments tels. Et pourtant n’est-ce pas ce que l’on retient ? A chaque anniversaire, on évoque le temps qu’il faisait en ce jour particulier. Infimes souvenirs, détails, circonstances extérieures. Chaque naissance est unique et finalement ressemble à tant d’autres.

Une couveuse pour poids-plume et c’est l’arrachement. Tout est déjà dit. Médecin buté, arc-bouté sur ses principes, un bébé doit peser au moins deux kilos cinq cent pour avoir le droit de vivre contre sa mère ses premières heures. Trop léger, peut être alors vulnérable, il disparait dans les salles de puériculture à l’autre bout de l’hôpital. La mère ne comprend pas, elle a souffert l’enfantement, elle n’en reçoit aucune récompense. Ce bébé dont elle rêve depuis de si longs mois lui reste encore étranger, même advenu, né de son corps, de son ventre, sorti pour être enfin accueilli ! Qui des deux en souffre le plus, de la mère adulte et consciente mais tout à coup impuissante, inquiète et bafouée dans sa tache ou de l’enfant jeté dans un monde de machines, perdant brutalement le lien qui l’avait nourri, effrayé, criant sa peur et sa colère. Les heures et les jours suivants sont difficiles. Pour chacun d’eux. Avant que leur histoire de mère et d’enfant ne puisse enfin commencer.

Catégories
Humeur

Fatras

Fatras multiples – comme au temps des déguisements – au temps des oreillers qui nous protégeaient. On disait fatras et on aurait voulu que ce soit l’origine de toute chose, le gouffre des sentiments. On était perdus dans un fatras de remugles, avec ces gens, nos gens qui ne comprenaient pas nos fatras à nous, pourtant pas si intimes en définitive, nos élans, nos réflexions, jusqu’à nos gestes d’amour. Oui, ils sont d’amour nos gestes ! Mais avec si peu d’écho, même pas d’acceptation, que du retrait, de la distance, du brouillard, tout un fatras d’ingratitude, tout un amoncellement plat de plantes stériles. Rien de spontané dans ce fatras d’inhumains, gelés, pris dans les glaces de leurs empêchements, dans le fatras de leurs préjugés. A peine s’ils vivent en fin de compte, bloqués, murés, engoncés et finalement amers, étroits et regrettant tout ce qui n’est pas leur fatras de guenilles sentimentales… Non, même pas sentimentales, mais inhumentales. Aujourd’hui, j’ai envie d’inventer un mot : in-hu-men-tal !

Catégories
Poésie

Avec le passé

Je ne parle pas de mes ancêtres partis avant que je n’arrive.
Je ne connais d’eux que le sang qui colore ma peau.
Je ne sais d’eux que les jours que je leur dois.
Mes frères, mes sœurs, cherchent-ils qui les a faits ?
Fiers ou inquiets, ils ne parlent pas des anciens.
Moi je veux en faire table rase.
Juste chercher le désir pour me réchauffer un peu.
Je pactise avec mon passé.

Catégories
Humeur

Femme(s) !

Il y aurait tellement à dire sur les femmes d’ici et d’ailleurs, sur leurs vies tout simplement, sur leurs droits bafoués, piétinés.
Je ne me sens pas le droit d’en parler, moi qui vis paisiblement (pour l’instant ?). Quant à évoquer les femmes célèbres, elles sont trop nombreuses pour la place restante au Panthéon des hommes !
Le 8 mars est depuis 1982 (seulement ?) la journée internationale des droits des femmes. Mais pourquoi existe-t-il une journée spéciale pour cela ? CQFD …

Catégories
Poésie

Cris et chuchotements

{ Quand ça criait, il fallait quand même écouter les paroles et ensuite quitter ce chemin de frayeur.

{ Il referme la porte, enfin le calme se redépose autour de lui jusqu’à entendre battre son âme.

{ Elle est repartie heureuse et repentie car tous les mots avaient été dits, même dans un souffle.

Vingt mots tirés du roman Hors champ – M-H. Lafon

Catégories
Poésie

Miroir

A quelles légendes rêver pour entendre les cris des choses fragiles, quand sur les versants de corail la beauté des arbres nous fait pleurer. Un écho imperceptible porte au-dessus de la route le chant des feuilles de braise. Nos corps soudain rodent et se fondent au dehors en ossements moutonneux. Et notre image se tient dressée dans le miroir de nos souvenirs.

Poésie-fiction

Vingt mots – « Nuit à  la fenêtre » – Michel Cosem

Catégories
Poésie

Gestuelle

La main tendue
le geste clair
le pas assuré –
Chemin vers l’autre
vers celui
qui attend

C’est surtout le geste
l’ample salut
le coup d’œil amène
et tout s’illumine
à la tombée
de chaque nuit

Catégories
Poésie

Quelques sensations

A marée basse
loin du flot bleu
il faut
irriguer tes yeux
et essuyer
ce sanglot
vivifiant

Pêle-mêle
à l’envers
à l’endroit
elle se jette du haut
de ses ressentis
et en tire
le fil de sa vie

Pas de créature plus douce
pas de sourire
plus clair
– rien ne laissait
supposer
le sombre
poids de ses émotions