Humeur

Septembre va se terminer, fermer la gueule de l’été pendant que les nuages s’amoncellent ici ou là, prêts à éclater au-dessus de quelque tête. Septembre est sale et méchant, tête de mule et ventre d’ingrat. Septembre n’a rien qui vaille la peine de s’y étendre. Sa couverture annonciatrice d’hiver est déjà tachée d’ombres. En quel monde veut-il nous jeter ? Les beaux jours, les soleils et toutes les chaleurs, il les efface, nous replonge dans le quotidien, le vrai, le dur qui autour de lui n’empêche pas le monde de tourner la boule à l’envers.

Le village

Des maisons alignées
pas farouches mais hagardes
habitées par des femmes des hommes
pas farouches parfois hagards
L’humanité en minuscules
dans un village quelconque

°

Le village est un abri
pernicieux
Il attise les bruits
rapproche les limites
Quand prendrons-nous
l’envol qui sauve ?

°

Dans chaque village
respire une pierre
qui a recueilli
les souvenirs
Cette pierre est cachée
le plus souvent
La chercher
est notre seule chance
d’un jour
voir dans l’avenir

Heures sans lumière

Elle ne fait rien et s’en excuse
La maison n’est pas rangée
et la poussière mord l’apparence des choses
Elle ne fait rien pour changer
la place et l’harmonie
rien pour faire vivre des amas de papier
Il faudrait y écrire la vérité
qui ennuie et fait peur
Elle ne fait rien qui lui fasse plaisir
elle porte l’absurde de ces jours
le passage des heures sans lumière
au gris des soirs et des matins
Le paysage est absent des mots
qu’elle aligne dans sa tête
ou alors c’est un paysage désolé
gris pour longtemps

Journal d’hiver

5 octobre … pluie hier, passée ce matin … le soleil au réveil pour donner l’élan … paresse, petites envies, courses inutiles, retour bredouille … escapade lointaine ajournée en attendant des jours secs et sans vent … et revoir les ailleurs

21 octobre … rêve … toute une (ma ?) famille en route, en exil ? la troupe me précède, me distance, traverse un cours d’eau … je m’arrête devant cet écueil, je suis prête à mettre au monde un enfant … la famille a sauté le pas, je suis seule, elle poursuit son but … le bébé est pris en charge par des inconnus … avec eux, je passe de l’autre côté … au loin la famille se déplace dans un grand espace, un champ à perte de vue … en train de choisir des chevaux parmi tout un troupeau … image très nette de steppes mongoles … sauvages les chevaux … ou sauvage la famille ?

22 octobre … soleil … très lumineux du fait du mistral … temps exécrable pour moi, que d’autres aimeraient … trop de clarté qui écrase tous les détails … être sensible à tant de choses, lumière, température, souvenirs, indifférence, furtives impressions … et en même temps si peu apte à les transcrire … problème

15 novembre … jour gris et ourlé de gouttes furtives qui appellent un hiver définitif … faire resurgir la paix de cette saison froide … revenir à soi dans l’oubli du devoir parfois (de devoir à déboire il y a si peu) … si ce devoir devient obsédant, annihilant … faire naître une décision au plus profond … s’y tenir et n’y plus penser ensuite … il est temps … être aidante tue mon énergie

27 novembre … jours identiques et différents si je le décide … peut être une meilleure volonté de voir et d’agir … où allons-nous dans ce monde radical et extrémisé … très beau soleil … l’hiver s’étale dans le jardin semé de feuilles de chênes et de glands qui craquent sous les pas

26 janvier … deux mois de silence … trêve de Noël sans doute … bonheur des enfants emplissant la maison, l’espace tout entier … puis l’éloignement à nouveau installé dans le cours des jours de janvier

24 février … temps et période moroses … quand sortirons-nous de la pandémie … lorsqu’elle deviendra endémie … pris au piège des décideurs … vie dans un monde sévère aux rapport de force sauvages … ce matin les chars russes entrent en Ukraine … des explosions retentissent dans Kiev … l’histoire s’éveille de sa longue paix

Journal

Indifférente

La vie des minuscules ne m’atteint pas. Les insectes, les oiseaux, les chats domestiques ne m’émeuvent que très peu. Suis-je insensible, indifférente dans mes retraits, mes colères, mes angoisses devant la vieillesse, devant ceux qui retrouvent à petits pas un rythme de vie minuscule ?

Mots masqués

Parlons du masque, mais rapidement, le sujet est galvaudé ces temps ci. Pensons un instant aux masques dans le théâtre antique. En dissimulant le visage des acteurs, ils leur permettaient d’entrer dans la peau de tous les personnages, de jouer autant le tragique que le comique. Les décideurs du monde actuel, capables de toutes les déclarations, affirmant n’importe quelle vérité et la contredisant le lendemain, sont les acteurs de la tragédie actuelle. Et ils n’ont pas besoin de masques FFP2 dans ce rôle là.

Rien ne bouge

Il fait soleil – les oiseaux au beau fixe – mais rien ne bouge
Quelques fébriles bruissements – dans ma tête des bruits – des vagues claires et sombres
Aucune odeur – non je ne suis pas malade
Ce n’est pas mal ici le printemps – pas de souci on sera en été – bientôt
Tout ça sera oublié – mais non je ne sens pas le froid – il fait chaud – presque
On dira ça dans quelque temps
Dehors la table blanche – brille au soleil – posée sur les herbes douces