Journal

Eté 2021

27 juin … le sable humide et le sel des franges d’eau imperturbables, mouvements rituels et rythmés … ils rappellent ces jours d’enfance où la mer était une découverte

29 juin … le pouls des jours ne s’accélère pas, seul le battement des tristesses pèse par instants sur la course des sentiments

17 juillet … été dans l’étau des contraintes, alors distractions futiles, recherches vestimentaires pour combler l’envie de plaire à un seul

4 août … lente percée de lumière après la pluie, la lampe se reflète dos au mur, face contre le miroir intérieur, la journée comme la précédente finira sous une clarté relative

17 août … vol des aiguilles de pin dans le jardin, la terrasse est un avaloir de feuilles sèches et de poussière, déjà en automne

20 août … « une ville devient un univers lorsqu’on aime un seul de ses habitants… » univers lointain et (presque) inaccessible, la ville nord

30 août … une lueur, le soleil entre les nuages filtre en dentelles à travers la treille, léger baume du soir

3 septembre … insomnie, chacun est confronté à sa manière à son moi, endormi ou non … pour gagner le sommeil, replonger dans ces pages du journal et lire donne le désir d’écrire

7 septembre … ce mois de rentrée que je ne saurai jamais vivre volontiers … petite mort de la lumière, de la chaleur, de l’insouciance des mois précédents

14 septembre … isolés, physiquement repliés sur nos deux vies … depuis un jour positifs au mal ambiant … comme pour clore l’été

Hiver 2021-2022

5 octobre … pluie hier, passée ce matin… le soleil au réveil pour donner l’élan … paresse, petites envies, courses inutiles, retour bredouille … escapade lointaine ajournée en attendant des jours secs et sans vent … revoir les ailleurs

21 octobre … rêve … toute une (ma ?) famille en route, en exil ? la troupe me précède, me distance … traverse un cours d’eau … je m’arrête devant cet écueil : je suis prête à mettre au monde un enfant. la famille a sauté le pas … je suis seule … elle poursuit son but … le bébé est pris en charge par des inconnus … avec eux, je passe de l’autre côté … au loin la famille se déplace dans un grand espace, un champ à perte de vue … en train de choisir des chevaux parmi tout un troupeau … image très nette de steppes mongoles … sauvages les chevaux … ou sauvage la famille ?

22 octobre … soleil … très lumineux du fait du mistral … temps exécrable pour moi, que d’autres aimeraient … trop de clarté qui écrase tous les détails … être sensible à tant de choses, lumière, température, souvenirs, indifférence, furtives impressions … et en même temps si peu apte à les transcrire … problème

15 novembre … jour gris et ourlé de gouttes furtives qui appellent un hiver définitif … faire resurgir la paix de cette saison froide … revenir à soi dans l’oubli du devoir parfois (de devoir à déboire il y a si peu) … si ce devoir devient obsédant, annihilant … faire naître une décision au plus profond … s’y tenir et n’y plus penser ensuite … il est temps … être aidante tue mon énergie

27 novembre … jours identiques et différents si je le décide … peut être une meilleure volonté de voir et d’agir … où allons-nous dans ce monde radical et extrémisé … très beau soleil … l’hiver s’étale dans le jardin semé de feuilles de chêne et de glands qui craquent sous les pas

26 janvier … deux mois de silence … trêve de Noël sans doute … bonheur des enfants remplissant la maison … l’espace tout entier … puis l’éloignement à nouveau installé dans le cours des jours de janvier

24 février … temps et période moroses … quand sortirons-nous de la pandémie … lorsqu’elle deviendra endémie … pris au piège des décideurs … vie dans un monde sévère aux rapports de force sauvages … ce matin les chars russes entrent en Ukraine … des explosions retentissent dans Kiev … l’histoire s’éveille de sa longue paix