Qu’y puis-je ?

Je suis d’ici
non d’ailleurs
pas encore d’au-delà
Etre là
sans aimer ici
Celui qui me parle
de ce pays
ne me séduit pas
Rien ne peut m’y accorder
que mes pas et quelques souvenirs
Rien ne m’y ressemble
que le ciel gris ou bleu
chaud ou glaçant
des matins d’enfant
Ce pays là
ne me colle pas à la peau
Aucun autre pourtant
ne m’a accouchée élevée
promis douleurs et plaisirs
Je suis d’ici
sans désir ni vouloir
Son vent furieux
ne me va pas plus
que les jours subis
De parents en aïeux
mes années s’y étirent
Je suis d’ici sans devoir
sans volonté
Pour qui pour quoi
être restée
Pour une odeur d’habitude
une absence de vision lointaine
Et je suis ici
acceptant cette terre
son eau et son air bleus
comme le ciel à ma naissance
Je suis d’ici
Qu’y puis-je ?

 

Revue ARPA 137-138

Neuf poèmes parus dans le numéro d’octobre 2022, extraits de LISIERES, recueil inédit

Que faisons-nous d’autre
que
guetter ?

Le mot-signal
L’envol un matin
Les bruits et les chants
Une couleur une fleur
Le rire qu’on espère

Guetter le rare
et le connu
Que faisons-nous
d’autre ?

*

Tant de desseins
escaladés
jusqu’en haut des précipices
A vous donner la nausée
Souffle coupé

Prendre le temps
et le planter
une bonne fois pour toutes

Accroché
à cette longe
que l’on croyait brisée

*

Revenir comme on caresse
un tic
une habitude

Décrire
le passage dans le miroir
Sentir le voile bouillonnant

Je la connais
cette leçon de choses
dans une continuelle
transe
ressac de l’ego
en marque sur mes membres

Revenir à elle
A moi

*

Un matin gris sur
les lisières de nuit

Et ces rêves
avant-coureurs

Des paroles pâles
Un rai blanc
sous la porte
Un vent d’ailleurs

Autour rien

Le pin a cessé son balancement
Aucun son ne sort de la
bouche du sol
dans la torpeur épaisse
d’un matin à l’arrêt

*

C’est un instant perdu
Aux abois
Folie que cette recherche
de la beauté

A cet instant
je suis stérile
De ma chair seule à connaître
le toucher

Ce marbre de ma peau
inutilement
dessiné

Les bourrasques battent
les herbes
aliénées
à cette terre-île

Sur un bout de granit
un continent
et toutes les paroles

Seuls
isolés
en proie aux hurlements
les oiseaux haut dans leur ciel
effeuillent le minuscule
territoire

Quand la mer et le ciel
pourraient
sous nos yeux
avaler toute la
Terre

*

Le soir médite
sur le
silence

Entre joie et peur
peine et
obéissance

Tout chemin
aboutit aux regrets

Le soir médite
et les absents
pèsent
dans chaque voix

Le noir habille
leur silence

*

Ecoute l’écho de ma chaleur
Avance lentement

Prends le temps
d’une respiration
d’une tendresse d’enfance

Ecoute
Les feuilles au jardin
se froissent

C’est l’été
Bientôt il fera froid

Tu es tendre
prêt à entendre le bruit des matins
aux portes arrêtés

*

Les nuages comme des voiles
jetés sur
le bleu des montagnes

Sous les voiles au vent
avancent les
esprits méticuleux
épris et exigeants

Tout les ramène
à la lune blonde
endormie sur leur peine

Voiles levées
Voix élevées
Vers un au-delà

Y croire    Avancer

Mélu-Zine

La fée Mélusine se prendrait pour moi, une image coloriée, féconde et légère. Je la suis dans des méandres d’enfance, mais la garder auprès de moi adulte, me gêne, m’oppresse. Une fée pour quoi faire, une gardienne, une mégère … Apprivoise-la disent mes sens, mets-la au pli dit mon cerveau. J’en connais pourtant une gentille image, une légère caresse sur la peau. Même son nom est une chanson : Mélu nous envoie dans la lune, Zine sonne tellement doux.  Ne m’appelait-on pas Mélounie… Je suis à moi seule une Mélu-Zine méconnue, endormie même éveillée, maladroite et rigide dès le pied posé à terre. Sauter, rire, danser comme la fée, dans les flûtes de ses syllabes. La respirer, la rendre dans mon souffle clair, lumineux et faire naître la douceur. Instiller le simple goût du jour autour et dedans ceux que j’aime, les forcer à entendre mélu-ziner, les forcer à aimer son air enluminé. Les forcer ? Mais non… On ne force pas l’amour, même celui de Mélusine !

Ombres portées

Il y a près du village
une chapelle
semblable à une bergerie
Sa voûte est taillée
aux proportions d’un troupeau
et d’un berger
pas plus grand que ses bêtes
Sous l’arceau bas et lumineux
la poussière des siècles
est intacte
Le berger et son troupeau
y ont sculpté leur ombre

Le village

Des maisons alignées
pas farouches mais hagardes
habitées par des femmes des hommes
pas farouches parfois hagards
L’humanité en minuscules
dans un village quelconque

°

Le village est un abri
pernicieux
Il attise les bruits
rapproche les limites
Quand prendrons-nous
l’envol qui sauve ?

°

Dans chaque village
respire une pierre
qui a recueilli
les souvenirs
Cette pierre est cachée
le plus souvent
La chercher
est notre seule chance
d’un jour
voir dans l’avenir

Trois recueils en un…

Retour sur trois recueils parus en 2018 et 2019 grâce à la confiance des Editions Encres Vives.

Les recueils à parcourir

Poème tiré de Nuit Serpentine, illustré par une amie.

« Je dors affligée
à la merci de celui
qui me regarde

Je lui offre
mon sommeil
pour qu’à son tour
il saisisse
l’ombre

Mais je sais
qu’inlassablement
je bannirai les plaintes
pour oublier
les yeux
rivés sur moi
depuis les nuits
de création
et de honte »

 

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