Mélu-Zine

La fée Mélusine se prendrait pour moi, une image coloriée, féconde et légère. Je la suis dans des méandres d’enfance, mais la garder auprès de moi adulte, me gêne, m’oppresse. Une fée pour quoi faire, une gardienne, une mégère … Apprivoise-la disent mes sens, mets-la au pli dit mon cerveau. J’en connais pourtant une gentille image, une légère caresse sur la peau. Même son nom est une chanson : Mélu nous envoie dans la lune, Zine sonne tellement doux.  Ne m’appelait-on pas Mélounie… Je suis à moi seule une Mélu-Zine méconnue, endormie même éveillée, maladroite et rigide dès le pied posé à terre. Sauter, rire, danser comme la fée, dans les flûtes de ses syllabes. La respirer, la rendre dans mon souffle clair, lumineux et faire naître la douceur. Instiller le simple goût du jour autour et dedans ceux que j’aime, les forcer à entendre mélu-ziner, les forcer à aimer son air enluminé. Les forcer ? Mais non… On ne force pas l’amour, même celui de Mélusine !

Ombres portées

Il y a près du village
une chapelle
semblable à une bergerie
Sa voûte est taillée
aux proportions d’un troupeau
et d’un berger
pas plus grand que ses bêtes
Sous l’arceau bas et lumineux
la poussière des siècles
est intacte
Le berger et son troupeau
y ont sculpté leur ombre

Le village

Des maisons alignées
pas farouches mais hagardes
habitées par des femmes des hommes
pas farouches parfois hagards
L’humanité en minuscules
dans un village quelconque

°

Le village est un abri
pernicieux
Il attise les bruits
rapproche les limites
Quand prendrons-nous
l’envol qui sauve ?

°

Dans chaque village
respire une pierre
qui a recueilli
les souvenirs
Cette pierre est cachée
le plus souvent
La chercher
est notre seule chance
d’un jour
voir dans l’avenir

Trois recueils en un…

Retour sur trois recueils parus grâce à la confiance des Editions Encres Vives en 2018 et 2019.

Les recueils à parcourir

Poème tiré de Nuit Serpentine, illustré par une amie.

« Je dors affligée
à la merci de celui
qui me regarde

Je lui offre
mon sommeil
pour qu’à son tour
il saisisse
l’ombre

Mais je sais
qu’inlassablement
je bannirai les plaintes
pour oublier
les yeux
rivés sur moi
depuis les nuits
de création
et de honte »

 

Site des Editions Encres Vives

J’aurais pu

J’aurais pu apprendre que tu n’étais plus, là, stoïque, même pas démontée. Je me serais félicitée d’avoir lu l’avis, l’annonce imprimée en grosses lettres noires de deuil. J’aurais mangé une pomme, pomme de désir, d’amour, rouge et saignante. J’aurais aimé pensé c’est fini, bouclé, dépassé, advenu. Une histoire avec une fin. J’aurais relu les lettres noires de deuil, gros caractères petits frissons. Je les aurais vues se découper sur le mur d’en face, je n’aurais pas fermé les yeux. Tes yeux à toi seraient éteints sur la rougeur du temps, la tempête et le vent dans le ciel. J’aurais pu apprendre que tu n’étais plus. Mais j’aurais continué à chercher à comprendre.

Le maître-geste

On le connait
le voyage à deux
le voyage à jamais
On la connait
la solution finale
Fuir et esquiver
main dans les nuages
tête dans les mains
Et dévisager au fond des moi
la décision
le maître-geste
ce bol âpre à déguster
goût amer d’orange rouge
afin que le ruisseau
s’efface
Liquide enfin fluide

Instants d’un été

Dans la houle d’été
la fumée
de la fournaise

A la chaleur âcre
des pins en feu
mes pensées divaguent

Eté précoce
Des pluies de sable
pour offrande

Nuit et jour
se succèdent
sans frissons

Routes écrasées
Passants éblouis
d’un soleil lourd

Blés mûrs
le long des routes
grises et fumantes

Aux carrefours brûlants
Des pensées
échauffées et apeurées

L’eau perle
au front
Absente des sources

Eau courant
le long du chemin
Rien qu’un souvenir

Terre craquelée
Les pensées
s’étiolent au soleil

Confort d’un soir
doux et lent
Matin oppressant

A qui chantes-tu
rossignol ?
Au soleil jaune !

Récolter le fruit
mûr et coulant
C’était avant

Pies rapaces
épient
les miroirs de l’été

Quand sortir
et humer
le matin en éveil ?

Roses fanées
Si vite
en automne