« LES SAISONS », parution au n° 143, mois du printemps

J’entends le crépitement du soleil
qui bout sur les herbes
Et elles s’enflamment
quand la chaleur monte
Je l’entends depuis l’enfance
quand le lait brûlait dans la casserole
en furieux débordement
le long du fer chauffé à blanc
J’entends le crépitement des voix
de ces matins
au sud de la ligne qui touchait les espoirs

Un vent salé
mouille mes joues
Sous la lumière chaude
le ciel jette des armes de feu
sur l’herbe jaune et rare
comme mon souffle d’enfant

L’herbe sèche au fort soleil
habite les rides
de nos maisons fatiguées
Et inlassablement
croît et embellit
sur les tombes
et leurs mains endormies

 

Soleil faible
amaigri de toute sa pâleur
Nous devions aller
le vent le froid enlacés
Nous sommes restés assis prostrés
Cachés sous la laine
des lumières intérieures
nous cherchons la dernière chaleur
La lueur s’efface et dans le soir tombant
nous rêvons mollement
L’hiver est un voyage usé

Cette nuit l’arbre a été abattu
mutilé par des outils
L’homme à ce travail
a oublié son passé
sa naissance de feuille et d’eau
Les branches sont tombées
lavées sous une pluie soudaine
Une odeur de ramure
me touche au visage
Sauver cette trace
avant qu’une nouvelle nuit
n’endorme le désordre

Le vent a cessé
la chaleur a pris tout l’espace
Je vois s’éteindre la verdure
sous les mousses sèches
Je voudrais me couvrir d’herbes
poussées sous les menthes
et me noyer
dans un décor de fraîcheur
pour sentir les choses

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