Archives de catégorie : Le ruisseau

Le géranium rouge

Un volet s’ouvre en claquant contre la façade jaune de la villa. Au bout du jardin, le lac de Côme brille faiblement sous le premier soleil. Elle avance le pot de géranium au plus près du jour. Il faut arroser les plantes ce matin, des amis lui ont dit que les géraniums, ça aime l’eau ! Elle repense tout à coup à ces vacances avec Tom et Sylvia… Une station balnéaire de la côte Adriatique. Immeubles défraîchis bâtis entre la route et la voie ferrée longeant la plage pâle. Une eau étale et un ciel brumeux presque chaque jour. Ils étaient alanguis et oisifs, une morne mélancolie les submergeait au cours de l’été finissant. Elle revoit le jardin public où une femme avait trébuché non loin du banc où elle était assise. Un homme la poursuivait, elle était tombée dans le parterre de géraniums et, au milieu des fleurs rouges, sa robe avait formé cette tache blanche inoubliable.

Petite fille dans la neige

Collage au papier déchiré

Tout est blanc dehors quand la petite fille sort de la maison. La grande prairie, si verte l’été, est un grand tapis blanc. On a envie de s’y allonger tant la couche de neige tombée pendant la nuit ressemble à une grosse couette très douce. La petite fille marche, ses pieds écrasent la neige, cela fait un bruit bizarre Scrrunntch !! Scrrunntch !! Scrrunntch !! Sous sa grande capuche, elle a bien chaud et s’avance, décidée à faire une grande promenade. C’est l’hiver sous les neiges du Nord, mais la petite fille est habituée à la lumière blanche du pays où elle est née.

Des ocres, faire des calories

Il faut allumer la chaleur. Des ocres, des rouges, des ors faire des calories. Les baies accrochées aux branches encore vertes, les piler pour les fondre en liqueur puissante. Le froid s’accroche ? Oui, les vitres montrent leurs perles d’eau et font du jardin un bijou glacé, un gâteau fouetté de décors jaunes bruns. J’ai envie d’accrocher la chaleur d’un poêle virtuel. Des voix venues du nord, ces voix virtuoses de la négation des froids, accompagnent la lente chute des feuilles. Ce n’est pas le vent que j’entends, mais le chuchotement de ces amis lointains qui veulent m’apprendre l’hiver, le froid et les longs mois endormis. Me montrer le don d’un pelotonnement dans la laine douce des feuillages tressés sur le dos des animaux. M’aider à me calfeutrer dans le sommeil des hivers blancs et bleus. Il faut allumer la chaleur, disent les voix. Il n’y a pas d’autre choix. Et le poêle s’allumera, fera don de sa chaleur innée.