Tous les articles par adminanna

Petite fille dans la neige

Collage au papier déchiré

Tout est blanc dehors quand la petite fille sort de la maison. La grande prairie, si verte l’été, est un grand tapis blanc. On a envie de s’y allonger tant la couche de neige tombée pendant la nuit ressemble à une grosse couette très douce. La petite fille marche, ses pieds écrasent la neige, cela fait un bruit bizarre Scrrunntch !! Scrrunntch !! Scrrunntch !! Sous sa grande capuche, elle a bien chaud et s’avance, décidée à faire une grande promenade. C’est l’hiver sous les neiges du Nord, mais la petite fille est habituée à la lumière blanche du pays où elle est née.

Dernières parutions dans la revue Lichen

Décembre 2019

C’était ça

Une gifle une griffe
mais non une caresse un soupir
le cœur en chamade indifférente

Dans la maison endormie
le volet s’ouvrait sur l’air frais ce soir là

C’était ça
Hors les tourments de la dispute
les mots les cris les pleurs

C’était une pâleur timide
marquée sur ma peau
un tatouage-paquetage
inscrit en adn

C’était tout ça

 

Janvier 2020

Jeu

J’aime les mensonges minuscules
mots sucrés volés à la cuisine
jetés du bord de mes lèvres timides

J’aime les mensonges songeurs et graves
tempérés de gestes doux
enroulés de gentillesse

J’aime les mensonges curieux
sous les plis des faux semblants
derrière les paupières et l’ouïe oublieuses

J’aime les mensonges fous
inutiles futiles et gratuits

J’aime glisser mes vérités
sous des évidences mensongères

 

Des ocres, faire des calories

Il faut allumer la chaleur. Des ocres, des rouges, des ors faire des calories. Les baies accrochées aux branches encore vertes, les piler pour les fondre en liqueur puissante. Le froid s’accroche ? Oui, les vitres montrent leurs perles d’eau et font du jardin un bijou glacé, un gâteau fouetté de décors jaunes bruns. J’ai envie d’accrocher la chaleur d’un poêle virtuel. Des voix venues du nord, ces voix virtuoses de la négation des froids, accompagnent la lente chute des feuilles. Ce n’est pas le vent que j’entends, mais le chuchotement de ces amis lointains qui veulent m’apprendre l’hiver, le froid et les longs mois endormis. Me montrer le don d’un pelotonnement dans la laine douce des feuillages tressés sur le dos des animaux. M’aider à me calfeutrer dans le sommeil des hivers blancs et bleus. Il faut allumer la chaleur, disent les voix. Il n’y a pas d’autre choix. Et le poêle s’allumera, fera don de sa chaleur innée.

Un soir dans la maison

Le soir habille la fille filant la laine d’ombre
Dans un amenuisement imperceptible
son esprit tangue

Marcher est un défi
elle faiblit
soupire à la lumière bleue

Dans la maison
-un voile et tant de peines
envies
espoirs
Elle s’affaisse sur l’asthénie
d’un soir

Au-dessous du front lourd
son regard sur l’enfant
-un espace d’amour là autour

Son œil hésitant
entre la fresque dessinée
dans les nuages
et le sol froid de la chambre
-Est-elle forte pour le poids de l’enfant

Des craquelures crissent dans le ciment
son oeil de haut en bas écoute le silence

Et l’enfant dort comme il rêve
enroulé au lendemain

Je voudrais …

Atelier du don de mots – Revue Lichen 10-2018

Je voudrais éternellement amarrer ma barque sur une mer de velours bleu
Je voudrais jubiler au grand bestiaire et ne jamais me perdre
Je voudrais adorner les jurons pour qu’ils crient « liberté »
Je voudrais vivre, brodequins lacés, une éternelle saison de fenaison
Je voudrais m’amouracher un jour des batraciens de mon poulailler
Je voudrais vivre frénétiquement les soirées sous la brise en été
Je voudrais raffiner le terreau limicole et qu’il devienne humus odorant
Je voudrais m’amarrer à ma rectitude, poétiquement
Je voudrais sentir ton appréciation dans le papillonnement de tes paupières
Je voudrais toujours lire tes mots sur le torse des statues
Mais tous mes vœux seront-ils jamais concordants ?