Elle jurait qu’elle n’aurait pas d’enfant. Peut-on jurer pareille chose ? Y penser comme à la décision d’une vie ? En tout cas, elle évitait les occasions de renier cette décision, donc de commettre l’acte sexuel qui aurait tout gâché. D’ailleurs, l’acte en lui-même ne la tentait pas vraiment. Ceci expliquant peut être cela… Un acte de soumission à un H. Ah ! Ah ! Elle ne pouvait pas même écrire le mot, et penser à la chose la perturbait. Une seule fois, en vérité, elle s’était laissée aller. Avec un copain de lycée. La chose avait été bâclée par les deux adolescents. Elle était assez proche de ce garçon, et elle lui plaisait depuis un an, peut être deux, elle s’en était quand même rendu compte.
Son existence était avant tout intellectuelle, des désirs, des pulsions, en avait-elle eus, en avait-elle ? Au fond, quels étaient ses penchants ? Était-elle homosexuelle ? L’idée l’effleura quelque temps. Mais vraiment, non, elle ne se sentait attirée par aucune fille. Rien, elle ne devait être rien finalement. Ni homme ni femme, ni hétérosexuelle, ni homosexuelle. Alors, à quoi bon jouer l’amoureuse… Perverse ? Non plus, elle n’était pas perverse, rien chez elle ne collait à la définition.
Petit à petit, l’idée germa, prit de la consistance dans son esprit. Elle y pensa pendant des mois, pesant les pour et les contre de la décision qu’elle s’imaginait pouvoir prendre. La documentation était à portée de qui voulait en savoir plus long. On était passé de la société sexuée à l’époque de tous les possibles. Dans beaucoup de domaines et dans celui là en particulier. Dès l’école, très jeunes, les enfants étaient mis face à la question de « genre » et pas seulement dans leurs leçons de grammaire. L’écriture même avait absorbé l’inclusivité et – presque – plus personne ne s’en étonnait.
Après ce temps de réflexion, elle décida qu’elle se ferait opérer. C’était une intervention relativement facile : l’ablation des deux seins relevait quasiment de la chirurgie esthétique devenue courante. Ses cheveux noirs, elle les porterait désormais très courts. Mais comme elle n’était décidément pas homosexuelle, elle le savait maintenant, elle ne chercherait pas non plus à tout prix à devenir garçon. Donc, elle garderait son sexe de fille. Eh bien oui ! Elle ferait de sa personne un être à part, entre l’hermaphrodite et le garçon manqué.
Un être qui aurait tiré un trait sur l’amour ?

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