J’ai croisé hier une parente assez éloignée, généalogiquement autant que géographiquement. Elle était de passage, visitant avec des amis la région dont elle est originaire. Ses parents étant décédés depuis pas mal de temps, elle n’avait pas eu de raison, ou d’envie, de revenir depuis des années. Après les exclamations d’étonnement de nous retrouver ainsi sur un parking de supermarché, nous avons eu une discussion de quelques minutes – juste assez pour rappeler quelques souvenirs – interrompue par la sonnerie de son téléphone qui la réclamait ailleurs.

Une nuit est passée sur cette rencontre imprévue. Et il m’est venu ce matin en repensant à la personne que je retrouvai ainsi fortuitement une réflexion motivée par son regard. J’avais un souvenir d’elle jeune, les cheveux blonds, longs et souples. Je l’ai retrouvée hier, presque vingt ans plus tard, les cheveux grisonnants et attachés sur la nuque. Autant dire que le changement n’a pas facilité la reconnaissance faciale, si j’ose dire !

Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est le regard que je n’ai pas reconnu sous cette nouvelle apparence. Ses yeux verts, agréables et flatteurs dans mon souvenir, semblaient beaucoup plus rapprochés et ainsi donner à son visage, à son expression, quelque chose d’étriqué. De là à imaginer que son caractère avait suivi la même pente, le même rétrécissement, je suis presque tenté de me le figurer.

Ce matin, ces réflexions me distraient, je l’avoue, de mon quotidien où les humains n’ont pas une place de choix. Il ne faudrait pas s’imaginer pour autant que je sois un de ces défenseurs des animaux qui jugent l’homme bien moins aimable ! Non, je suis tout simplement ce que l’on peut appeler un « ours », quelqu’un qui a du mal à côtoyer son prochain et que son prochain ne recherche pas non plus.

Alors, pourquoi voir dans le visage de ma parente un changement de caractère sous l’évolution de sa physionomie, liée d’ailleurs certainement à sa nouvelle coiffure… Ne serait-ce pas moi qui aurais pris le pli de voir chez certains des signes de ce que je ressens moi-même, en me plaçant quasiment en marge de mes semblables ? Car enfin la grande majorité d’entre eux semble nager harmonieusement dans n’importe quel environnement.

Une question me vient à l’instant : comment, elle, m’aura-t-elle perçu ? En y réfléchissant je me dis qu’au fond, je m’en moque un peu. On ne vit pas comme un « ours » par hasard.

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