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Humeur Poésie

Le mal de mots

Ecrire en riant, ricanant, jonglant, se répétant… Ecrire comme on marche, en tâtonnant et rebondissant… Délirer, en rêver éveillé ou endormi… Et, la tête et les mots à l’envers, se délivrer du mal des maux.

AG  2012

Pré au clair
carré fleuri
c’est l’été à ceci près
Claire la lune
près du ciel
étalé sur la pelouse
carré fleuri
La lumière la nuit
éblouit
le pré clair comme
la fleur de lune

Gentil verbe
poli ciré
mot lisse policé
de liesse et gentillesse
virtueuse et gentilleuse
allégresse
polie cirée
en liesse verbeuse
Merveilleuse
cire polie
liseuse de gentil
verbe
et diseuse d’allégresse

Il y avait
on le sentait
il nous submergeait
On avait senti le submergement
du mal de mots
qui nous tenaillait
Il était accroché comme
le cadenas sur le pont
de l’île des mots
Et l’on crachait au gré
du mal de mots
dans l’île qui tenaillait
le mal du pont
qui nous accrochait
On le sentait il y avait
comme le submergement
de mots du mal de l’île
Il y avait ça !

A Paris j’ai souri
j’ai appris à faire des paris
sur les pavés malappris
des partis pris
A Paris les souris
parent les parvis
rats et souris malappris
sans partis pris
A Paris je suis partie
pour faire des paris
sur la vie

Dame ma dame
madone modelée comme le modèle
mimé en momie
Dame ma dame
damée au pied du mol domaine damné
Dame ma dame
madone nonotone

Balle au rebond
ping    pong    boiiinng
don et rebond du bon
va et vient
du bon au nauséabond
La balle bondit
sur le rebord du balcon
boiiinng !

Je joue tu joues il joue
Je jouxte tu jouxtes il jouxte
Je jonche tu jonches il jonche
Quand nous jetons-nous

Pédant pétale paradant
pois et senteur une fois nés et raffinés
fleur écartée de tous ses pétales
Joli mois de mai en forme
de pois pétales et odeurs tenaces
Pédant parfum paradant

Sur le rivage
on nageait
on ravageait
le village
au bord de l’Ô
Et du rivage d’en Ô
on voyait le village
d’en bas
raser le bord de l’Ô
ravageant le banc
du rivage en nageant
Ô !

Branle-bas de bataille
au fond des muscles
des liquides et des humeurs
Rides du mal souffert
moulé creusé
de sillons de bataille
saccagés et ravagés
Corps abîmé
sous le mal des liquides
et humeurs passés

Crucifix moi
croix moi
Jure-moi
croise jure et
écartèle le moi
sur la croix
accroché à tes jurons
Crochète-moi
au pied de la croix
rouge feu et sang

Proverbe en verbiage
et bavardage prononcé
oralement et proverbialement
Eructé et projeté
de verbe en verbe
Gerbe d’éclatement
et  éructement
pour signifier
le mot

L’ire est vraie
et lire me plait
quand je varie et vacille
L’ire alors me pliera
et je serai une plainte
au fond du livre

Se trouver
se chercher se ranimer
se déclamer s’étonner
se déjouer s’inventer
se vouloir se brancher
se mouvoir se serrer
se solidifier se colporter
se gommer se révéler
s’émouvoir s’imiter
se lire s’allumer se défaire
se délimiter se démêler
se jouer se livrer
se donner
et
se respirer

En heures et en heurts
le temps creuse
Heurts de sons
et heures de somme
Horaire de sommeil
rare et temps heurté
Creux des heures
temps nu et temps morcelé
Le vide creuse
et le sommeil
rarement me croise

Spectateur ébahi
au bas de la scène
éblouie de brume spectreuse
Ebloui par l’écran
des nuits scéniques
embrumées d’ébahissement
Spectacle veilleur de nuit

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Ecrits courts Humeur

Filet d’eau

Perle de nacre, nacre perlée. D’où me vient cette rime ? D’une chanson entendue enfant ? D’un conte oriental ? Je n’en sais vraiment rien ce matin, alors que lentement le jour se lève, que la chaleur monte, douce et cotonneuse. Des parfums,  peut être, me reviennent avec cette évocation, voisins de celui des fleurs de tiaré qui sentent l’été, ou des lavandes persistantes parce que plus proches… Mais la perle, elle, vient des eaux, des océans, des étangs, des mers où le coquillage la crée. Ici, rien de tout cela, dans ma campagne aride où le plus petit filet d’eau nous fuit. Un filet d’eau ? Mais oui, celui de ma douche. Et la perle de nacre, bien sûr, je la vois dessinée sur le flacon de shampoing sur le bord de la baignoire. Tout à coup, je ne sais à qui donner ma préférence, à la perle ou à la nacre… ou à la journée qui débute.

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Humeur Impressions & Souvenirs

Citations

Hector BianciottiComme la trace de l’oiseau dans l’air (1999)

« Était-il vieux, ce jour des au revoir, lorsque je quittai le pays, jadis, certain que ce serait pour toujours, ne l’avouant pas. Pour la première fois, devant l’un de ses enfants, elle avait éclaté en sanglots. J’étais revenu sur mes pas et, aussi pour la première fois, je l’avais serrée contre moi.

« La vérité est une étrangère en ce monde et toute cohabitation à long terme avec elle se révèle impossible. Seul ce que l’on ressent dans l’instant et sans interprétation est, en soi, incontestable.

« Plus les jours glissent, plus on découvre, si l’on regarde en arrière, les envoyés de la providence qui tour à tour nous ont montré la route à suivre, et cela en ignorant qu’ils étaient les guides appelés à pointer l’index en guise de signal. Parfois, ils étaient nos ennemis, ou nous les leurs.

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Humeur

Depuis tout ce temps où elle croyait savoir

Elle est un peu muette publiquement absente
peu concernée lointaine figée de naissance
Et puis vient une ride au coin des lèvres
entre les sourcils clairsemés d’absence
Et le passant l’ami l’enfant
pressentent une noirceur
une profonde froideur
peut être de l’indifférence
un excès de sérieux
un défaut de légèreté de tolérance
Leurs yeux la voient
camouflée sous la tristesse
incapable de s’en extraire
de la chasser de sa peau
Elle sait que de tous ses pores elle aime
rire éclater bruire et semer la joie
Et elle se dit qu’elle a certainement avancé
maladroitement depuis tout ce temps
où elle croyait
savoir

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Humeur Poésie

Au vent

Je regarde le jardin
J’entends le vent
Je vois les arbres, leurs branches en partance
Comme un déchaînement de petites forces
un va et vient dansant sur fond bleu
Le vent aujourd’hui irise de bleu limpide
Pas de plainte triste
mais des formes dynamiques
frôlant les espaces des oiseaux
qui ce matin racontent la journée

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Créer, imiter, créer….

« Il ne faut imiter que ce que l’on veut créer » (Georges Braque, Le jour et la nuit)… Encore faut-il vouloir, pouvoir créer. Il m’arrive chaque jour – ou presque – de me mettre en situation de faire quelque chose de mes mains ou de tenter de tirer de ma tête une réflexion. Cette recherche est un défi que je me lance, mission qui m’afflige – ou me réjouit. Une situation venue me préoccuper avec les années, dans le souci (légitime ?) de ne pas gâcher le temps restant en occupations futiles. Dans le but aussi de me rassurer en me prouvant que la « création » n’est pas un vain mot pour moi, que comme tant d’autres, je sais extraire de mes méninges quelques petites pépites (n’ayons pas peur des mots…). L’angoisse n’est pas loin en ces jours où les mots ne viennent pas, pas plus que le geste qui permettrait de faire naître la plus petite babiole. Ouf !

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Journal d’hiver

2 janvier … Qu’il file vite cet hiver, simple fétu dans le vent ! Et qu’il est lourd en même temps. Lourd de bascule d’un parent, de la santé à la maladie. Le temps semble près de s’arrêter, les cellules épuisées incapables de se renouveler, le regard à peine reconnaissable, les jambes à l’arrêt. Le bout du chemin, celui du père. Un seul espoir, éviter les trop rudes chaînes, l’aliénation et la demi folie d’un être décidément parvenu à ce grand âge qu’on espère atteindre pourtant – parfois.

20 janvier … La tension est lourde, le soutien familial approximatif. Vivre la maladie, pénétrer les hôpitaux, c’est le lot terrible de tant de personnes même jeunes. Il est difficile d’y faire face de toute façon.

28 janvier … Jour de décès, de deuil et de délivrance. Les proches se rapprochent, aident, protègent celle qui reste. Les jeunes amènent leur respect dans des bagages vite bouclés, arrivent des quatre coins du pays, et d’autres aussi. Temps suspendu.

1er février … Ne manque que l’absente de quarante ans de la vie de celui qui vient de quitter son paysage familier. L’hiver est au rendez-vous de ce froid, de ce gel des sentiments.

15 février … Il fait plus froid que souvent dans ce Sud. Qu’attendre d’autre dans cette steppe de souvenirs doux-amers, sous ce ciel inchangé depuis des décennies ? Le décès d’un aïeul, survenant l’été, se vit-il plus légèrement ? Laisse-t-il entrevoir la vie plus facile, les mouvements plus naturels et acceptés, le pardon plus vite accompli…

1er mars … Premiers signes de printemps après le dernier sursaut du froid : de la neige une nuit, vite disparue au matin. Une lettre peut-elle éclairer ce paysage gris-blanc ? Oui, avec ses deux mots d’apaisement, deux mots capables de ramener les souvenirs les plus lointains, les plus amènes. Ceux qu’il faut protéger pour ne pas les abîmer. Pas d’autre solution, le temps n’est plus aux réflexions, aux questions sans réponse. Deux mots qui consolent, c’est déjà beaucoup !

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Humeur Poésie

Qu’y puis-je ?

Je suis d’ici
non d’ailleurs
pas encore d’au-delà
Etre là
sans aimer ici
Celui qui me parle
de ce pays
ne me séduit pas
Rien ne peut m’y accorder
que mes pas et quelques souvenirs
Rien ne m’y ressemble
que le ciel gris ou bleu
chaud ou glaçant
des matins d’enfant
Ce pays là
ne me colle pas à la peau
Aucun autre pourtant
ne m’a accouchée élevée
promis douleurs et plaisirs
Je suis d’ici
sans désir ni vouloir
Son vent furieux
ne me va pas plus
que les jours subis
De parents en aïeux
mes années s’y étirent
Je suis d’ici sans devoir
sans volonté
Pour qui pour quoi
être restée
Pour une odeur d’habitude
une absence de vision lointaine
Et je suis ici
acceptant cette terre
son eau et son air bleus
comme le ciel à ma naissance
Je suis d’ici
Qu’y puis-je ?