VILVILLAGE et MELANCOVILLE, deux textes parus dans la revue Festival Permanent des Mots n° 24.
De brou et d’encre
- Auteur de l’article Par adminanna
- Date de l’article 25 mai 2021
Je me tenais immobile, observant le rythme des ailes des papillons se reflétant dans la fenêtre. Bientôt, à l’avant de la terrasse, se dessina toute la grandeur de l’heure tardive. Cette vision effaçait tous les problèmes. J’oubliais le hasard des douleurs et la blancheur de mes mains craquelées. Il était tard, la nuit d’avril descendait sur moi, je me blottissais dans la lenteur de l’instant.
Elle nous épie pour cela
de son doigt pointé tout près
pour nous montrer le couvert essentiel
Elle épie
du regard de ses paupières douces
Et c’est peut être de l’amour en-dessous
cousu entre le ciel qui protège
et la terre qui accueille
Elle sait
qu’on suivra le chemin
la route longue qu’elle a montrée
au premier jour
dans la lumière forte des cris et des douleurs
sous les vents
aux quatre coins et encore ailleurs
Je sens que je me délite. Je vogue au-dessus des clameurs, des mouvements extérieurs. Je respire difficilement, je caresse ma peau ambrée pour me sentir vivant. Il y a quelques jours encore, j’allais bien. Et depuis cet instant, le flou, le trou, cet abysse où je plonge. Membres sans muscles, tête sans réflexion, poumons sans oxygène. Je ne reconnais plus mon espace vital, les bruits changent autour de moi. La lumière est ocrée, des ombres évoluent dans l’espace clos. Suis-je malade ? Dois-je lutter contre un ennemi ? Il doit être invisible, je ne l’ai pas vu approcher. A moins que je ne sois ce petit poisson qui évolue harmonieusement dans son monde fermé, éclairé jour et nuit par les reflets de l’eau sur son dos et ses écailles savamment disposées. Le débit de l’eau de la fontaine est mon pouls, ma force, les algues furtives sont ma nourriture. Un poisson libre de nager sans entraves, fondu dans son décor.

Cinq de mes textes viennent de paraître dans le numéro 131 !
Des arbres au ciel
Des pleurs sous leurs branches déneigées
et des instantanés de feu
sous les paupières baissées
Les bras refermés
sur toutes les pensées
les premières évasions
Et quelle pudeur dans le silence
quand les arbres au ciel ouvrent la voie tracée
°
J’aurai aboli
le demi-souffle
la demi-peine
Je saurai un jour
refléter les éclats
des gouttes de pluie
pleurer de mes yeux pleurer
Un jour je saurai
rejoindre les lentes espérances
jouer de toutes les peines
marquer mon pas au noir et au blanc des soirs
Mes montagnes seront mes fleuves
glissant sur la peau de l’été
Et un jour oui un jour ! Crier
dans les éclats des gouttes de pluie
qui font pleurer
°
Un élan de soif
Herbes sèches
à l’arrière des murmures
Mes désirs
dans des odeurs râpeuses
Éloignés le désert
et la fontaine cliquetante
Je bois la force à tes lèvres
Goutte à goutte secret
°
J’ai aimé
l’air en était saturé
la lumière chancelante
l’herbe accueillait ma verdeur
Tout était prêt
c’était la fête des infinis
Et j’ai oublié la quête
la recherche du grimoire
Absorbée
sans question ni attente
Révolue
°
Tiens ! C’est l’instant lune
le premier éveil sur la terre encore à dessiner
Un matin au bord du chemin
à cette heure où nous ne savons encore marcher
Tiens ! C’est le premier matin de ce monde
L’instant où tout est à faire
Je n’inventerai jamais le soleil levant
la lente apparition qui réchauffe
le dard jaune fiché dans le sommet du pin
le reflet mourant sur la fenêtre
la goutte de lumière entre deux feuilles mortes du vieux chêne
les couleurs éclatées au ciel après la pluie
les éclairs rouges et bleus au coin du toit le soir
Je sais que mes journées avanceront
dans des couleurs de mouchoir fripé
à tâtons à l’ombre des questions


