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Poésie

Un décor ordinaire

La maison sentait la chaleur
L’été roussi à l’heure de la sieste
Volets fermés sur le ménage du matin
odeur de cire et d’eau de javel
Un après midi d’enfance
dans la maison qui suait
le calme et la pénurie
Une maison simple et banalement droite
comme ses occupants
chaque pièce ouverte sur le couloir
peu de mouvements
Jamais d’intrus jamais d’amis
dans la maison fermée
sur ses sages préoccupations
Elle sentait la chaleur
des étés sans vacances
sans horizons
Une vie ordonnée entre ces murs
pièces sans décors et sans surprises
Quelques livres posés près du poste de télévision
seulement quelques romans pour lire l’été

©Annabelle Gral 2020

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Poésie

Voyage dans la revue « Cabaret »

Très heureuse de voir paraître aujourd’hui un de mes poèmes dans un numéro hors-série de la revue Cabaret.

Aux côtés de 79 autres auteures pour ce « Tour du monde en 80 textes ».

voyage
emportée par le bruit
– ce fracas douloureux de marée –
cherchant un retour
endormie car le parfum d’iode saoule
n’est ce pas
emportée pour arriver au bout des embouchures
et me noyer au port
alors même qu’une amarre enroulée de brume
me retient et me fouille
que le ressac
rappelle ce chant
vieux de longs trajets
d’une rive vers une autre
bercée ici par les vagues enveloppantes
là bas amies
je cherche une fois de plus
à retrouver le goût de sel de mes craquelures

©Annabelle Gral 2018

Lien vers le hors-série

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Ecrits courts Poésie

L’ivre de lumières

~ Ma lumière n’est pas la tienne, je la cache au fond de mes yeux
~ Le rai du matin est-il fils d’un rêve ?
~ Si lumière il y a, alors l’obscurité me berce
~ Enfant des lumières ou enfant des sagesses ?
~ Lumignons et lampions accrochés sous mes paupières les soirs de fête
~ Lumière d’un jour, encore faut-il que ce soit le plus beau
~ Je rumine mes pensées et en digère toute la lumière
~ A rêver de lumière, je me sens contemplative
~ Quand sa lumière m’éblouit, mon horizon bascule dans sa boréalité
~ Lumineuse éternité pour l’homme touché par la grâce
~ La lumière est au ciel idéal ce que le bleu est à la mer idéale
~ La mort est un artifice, le seul à jeter des feux déjà éteints
~ Que me sert la lumière quand tout autour je ne vois que tristesse

 

Vers « Mes petites sentences »

 

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Poésie

Femmes en danger !

Encore une fois, Mesdames, vous n’allez pas manquer de flatter l’ego de votre Michael, son sourire de façade et son regard flou. La belle affaire, faire vos bagages, boucler vos mallettes, direction la Floride. Je la devine votre méthode : jeter des regards aguicheurs, vous parfumer plus que nécessaire, serrer votre taille dans de splendides robes du soir et plonger dans le grand tourbillon… Ne craignez-vous pas, Mesdames, d’exploser en vol, gâtées par tant de fric ? Et attention de ne pas vous laisser prendre dans les filets de votre grotesque chef. La relève pourrait être difficile devant un ogre sourd à vos plaintes !

Rubrique Poésie-fiction

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Ecrits courts Poésie

Confession

Jusqu’à quand était-elle restée fidèle ? Sa part de femme normande diablement piquante avait toujours été pour toi une évidence. Dans ce livre, ses déclarations avaient fait un véritable fracas, un retentissement révélateur de son côté « cigale vagabonde ». Au fond, tu savais qu’elle se livrait tout entière, dans un geste de poésie… Mais en fait, rien ne s’accordait dans son histoire puisqu’un jour elle avait choisi de s’assassiner. Alors, tu as cueilli du côté du champs spirituel toutes les fictions qu’elle t’avait offertes. Et maintenant, c’est avec elles que tu vis.

Vers la rubrique Poésie-fiction

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Poésie

La couleur du fruit

Le cadeau de ces fruits
que l’on a mangés avec les enfants
quand leurs doigts juteux
gouttaient sur le bord de la table
et que leurs yeux perlaient de simple contentement
C’étaient les enfants de février
joueurs gais gourmands
Leurs rires avaient le goût des fruits offerts
leur souvenir me nourrit

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Poésie

En espace clos

un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
menottes rondement
appliquées sur les muscles
étirés
le mouvement la marche
bloqués
une vie au ralenti
au bout il faut compter
que rien ne sera libre
empêché de l’intérieur
verrouillé et stupéfait
la vie sera sans espace
les menottes prises
les mains inutiles et
l’esprit
oui l’esprit
un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
dans ce dessin bleu de nuit
la fin de vie est carcérale

Texte paru dans la revue FPM n° 19

 

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Dessin Poésie

Frida

C’est une fleur plantée dans le front
un pan d’histoire
dans des sourcils de cactus
Vestale du Mexique
longue robe violentée
fresque millénaire dans un jupon
coiffure de guerrier et bijoux balafrés
A Chicago elle peignit
son visage d’histoire amérindienne
son pas claudiquant déposé
devant les temples précolombiens