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Poésie

Futaies

Dehors les arbres dans le vent
et l’enfant espère tout
quand le froid fige ses mains pâles
Dehors il entend peut être
bruisser le ruisseau des premiers jours

°

Embrasse-moi
Je flotterai
au-dessus des arbres
J’aurai des envies
dans les yeux
Je serai prête
à caresser le ciel
Embrasse-moi
sinon je n’allaiterai
plus aucun arbre

°

Des brassées d’aiguilles piquantes
comme des outils brûlés à la chaleur de midi
étales sur le sol
La chaussée roussie des pinèdes
ferme l’horizon
dans l’odeur chaude du tapis cuisant
Je marche sur les aiguilles
me faufile entre les brindilles
Je ne laisse qu’une trace bruissante
mon poids s’amenuise
Je déambule dans le sous-bois
où crisse le végétal
prêt à s’enflammer
Au soir je m’endormirai
dans la chaleur
de mes pas d’enfant

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Ecrits courts

B & B… bébé

Je pense au sommeil du bébé. Le premier sommeil mêlé de vie bien avant la naissance, dans cette couveuse maternelle et cotonneuse. Le bébé immergé dans le liquide vital, à la fois nourri, bercé, distrait et endormi. Une image de lente évolution, de bienfaits réciproques entre la mère hébergeuse et l’enfant gîté. Le sommeil du bébé qui débouche sur un cri. Un cri de surprise devant le monde qu’on lui ouvre. Un cri de douleur devant le froid de son nouvel espace de vie. Un cri qui le fatigue tant qu’il n’a que le désir de retrouver le sommeil bienfaiteur. Ainsi va la vie de bébé, ainsi s’ébauchent ses jours rythmés de veilles et de nuits, de mouvement et d’immobilité.

Ecrits courts

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Humeur

Heures sans lumière

Elle ne fait rien et s’en excuse
La maison n’est pas rangée
et la poussière mord l’apparence des choses
Elle ne fait rien pour changer
la place et l’harmonie
rien pour faire vivre des amas de papier
Il faudrait y écrire la vérité
qui ennuie et fait peur
Elle ne fait rien qui lui fasse plaisir
elle porte l’absurde de ces jours
le passage des heures sans lumière
au gris des soirs et des matins
Le paysage est absent des mots
qu’elle aligne dans sa tête
ou alors c’est un paysage désolé
gris pour longtemps

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Poésie

Poésie-fiction

Quel espoir ?

Ecrit à partir de vingt trois mots tirés de La sagesse dans le sang, Flannery O’Connor

Les ténèbres s’engouffraient dans tout l’édifice. Un garçon descendait vers l’intérieur. Tout en marchant, de sa canne d’aveugle, il donnait de légers coups. Puis il s’abaissa pour fixer au travers d’un trou de serrure. Quel spectacle en attendait-il, écartelé depuis tant d’années dans sa condition ? Espérait-il entendre s’élever un cantique, comme les vagues d’un lac ? A quel avenir rêvait-il, son chapeau crasseux rivé sur son crane pelé ? Cherchait-il un moyen de se délivrer de son triste héritage d’animal grimaçant…

Poésie-fiction

Lendemains

Ecrit à partir de vingt mots tirés  des Nouvelles de Virginia Woolf

Je marche dans l’île-feuille, sans apitoiement, sans claquements incertains dans l’obscurité verte. Je contemple la feuille espiègle, j’écoute ses paroles et, sous les précipitations, je m’autorise un départ vers la lande. Un personnage au gilet tissé de jour me précède, je dois saisir son éclat avant de me lasser, de m’infliger toute lassitude. Cette journée m’offrira, sous ses franges d’eau, un intermède avant des lendemains plus sombres.

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Impressions & Souvenirs Poésie

Quelque chose de rouge et de feu

Je cherche le souvenir de nos maisons
pour y marcher sur les pavés rouges
Je cherche les odeurs de sueur du travail
Je cherche une chanson
ses intonations bleues dans les soirs d’enfant
Je cherche les mouvements les bras agités des parents
Je cherche quelque chose d’eux que j’ai gaspillé
quelque chose de rouge et de feu
les joyeux des étés
le son noir des voix d’ici et d’ailleurs
le goût d’une réunion arrosée de fleurs rouges
gorges bloquées
sans mots pour le dire

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Ecrits courts Humeur

Journal d’hiver

5 octobre … pluie hier, passée ce matin … le soleil au réveil pour donner l’élan … paresse, petites envies, courses inutiles, retour bredouille … escapade lointaine ajournée en attendant des jours secs et sans vent … et revoir les ailleurs

21 octobre … rêve … toute une (ma ?) famille en route, en exil ? la troupe me précède, me distance, traverse un cours d’eau … je m’arrête devant cet écueil, je suis prête à mettre au monde un enfant … la famille a sauté le pas, je suis seule, elle poursuit son but … le bébé est pris en charge par des inconnus … avec eux, je passe de l’autre côté … au loin la famille se déplace dans un grand espace, un champ à perte de vue … en train de choisir des chevaux parmi tout un troupeau … image très nette de steppes mongoles … sauvages les chevaux … ou sauvage la famille ?

22 octobre … soleil … très lumineux du fait du mistral … temps exécrable pour moi, que d’autres aimeraient … trop de clarté qui écrase tous les détails … être sensible à tant de choses, lumière, température, souvenirs, indifférence, furtives impressions … et en même temps si peu apte à les transcrire … problème

15 novembre … jour gris et ourlé de gouttes furtives qui appellent un hiver définitif … faire resurgir la paix de cette saison froide … revenir à soi dans l’oubli du devoir parfois (de devoir à déboire il y a si peu) … si ce devoir devient obsédant, annihilant … faire naître une décision au plus profond … s’y tenir et n’y plus penser ensuite … il est temps … être aidante tue mon énergie

27 novembre … jours identiques et différents si je le décide … peut être une meilleure volonté de voir et d’agir … où allons-nous dans ce monde radical et extrémisé … très beau soleil … l’hiver s’étale dans le jardin semé de feuilles de chênes et de glands qui craquent sous les pas

26 janvier … deux mois de silence … trêve de Noël sans doute … bonheur des enfants emplissant la maison, l’espace tout entier … puis l’éloignement à nouveau installé dans le cours des jours de janvier

24 février … temps et période moroses … quand sortirons-nous de la pandémie … lorsqu’elle deviendra endémie … pris au piège des décideurs … vie dans un monde sévère aux rapport de force sauvages … ce matin les chars russes entrent en Ukraine … des explosions retentissent dans Kiev … l’histoire s’éveille de sa longue paix

Journal

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Ecrits courts

« J’en rêve » ou « J’ai mal dormi »

Je ne dors plus la nuit depuis que j’écris des histoires courtes. Ou plutôt, j’écris des histoires courtes depuis que je ne dors plus la nuit. Enfin, je ne sais plus très bien…
Mais pourquoi la nuit ? Eh bien c’est comme ça. Tenez, Sand par exemple, elle passait ses nuits devant son encrier, ses cigares à portée de main, et elle enchaînait comme ça les romans, les uns après les autres, sans compter la correspondance, des dizaines de milliers de lettres immortelles. Balzac, le grand Balzac, avec deux ou trois litres de café fort dans un pot posé à côté de lui, il tenait jusqu’au matin assis à sa table de travail. Même Proust dictait à Céleste assise à son chevet, pendant des nuits entières, les chapitres de la Recherche. Ah oui, j’allais oublier les poètes ! Eux, ils disaient à leur domestique « Joseph, réveillez-moi cette nuit à trois heures ». Et à trois heures tapantes, ils prenaient le crayon qu’on leur tendait et paf ! ils noircissaient du papier avec tout ce qui débordait tout d’un coup de leur cervelle bien faite.
Imaginez que tous ces génies aient eu des sommeils de marmotte, que comme des gens ordinaires, ils aient eu l’habitude de se coucher comme les poules et de faire le tour du cadran, de combien de chefs d’œuvre serions-nous privés aujourd’hui ? Hein, vous imaginez un peu ? Moi, rien que d’y penser, ça me fait froid dans le dos…
– Anne, qu’est-ce que tu racontes, t’as froid ? Mais t’as vu l’heure ?
Je me réveille brusquement en entendant la voix de Philippe. Dans mon sursaut, je lâche mon crayon et ma lampe de poche se casse en tombant du lit.
-Tu fais chier quand même ! Tu peux pas dormir comme tout le monde ?

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Poésie

Campagne

 

Des chemins bas et égaux

A l’horizon

les chênes de l’hiver