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Humeur Poésie

Au vent

Je regarde le jardin
J’entends le vent
Je vois les arbres, leurs branches en partance
Comme un déchaînement de petites forces
un va et vient dansant sur fond bleu
Le vent aujourd’hui irise de bleu limpide
Pas de plainte triste
mais des formes dynamiques
frôlant les espaces des oiseaux
qui ce matin racontent la journée

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Ecrits courts

In-perceptions

« De quoi contaminer toute la ville » (*), se dit-elle en longeant le parc, ses parterres débordant de fleurs embaumantes. Elle se sentait aveuglée par tous ces bleu, rouge, rose, jaune. Le violet même d’un arc-en-ciel agressif la suivait, décomposant autant les effluves que les formes. La matinée était particulière : ces images la frappaient en pleine face sur ce chemin pourtant si familier. Pourquoi aujourd’hui ? Qu’est ce qui, en elle, la poussait tout à coup vers ces extrêmes perceptions, ces remugles qui la touchaient si fort, au fond des yeux, au creux du ventre ? La nouvelle saison, un rai de lumière plus brut, un vent plus caressant ? Non, rien ne justifiait des sensations qui allaient peut être confiner au malaise. Serait-elle abattue par le poids de l’imperceptible ? Il y avait en tout cas autre chose que la seule sensibilité, sa seule capacité d’émotion. Un poids bien plus élevé la freinait. Elle se donna jusqu’au soir pour analyser le changement. A la tombée du jour, qu’en serait-il ? Par quoi aurait-elle été contaminée ? Elle frissonna sous le verrou de l’attente.

(*) Christian Bobin – La nuit du cœur

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Humeur

Créer, imiter, créer….

« Il ne faut imiter que ce que l’on veut créer » (Georges Braque, Le jour et la nuit)… Encore faut-il vouloir, pouvoir créer. Il m’arrive chaque jour – ou presque – de me mettre en situation de faire quelque chose de mes mains ou de tenter de tirer de ma tête une réflexion. Cette recherche est un défi que je me lance, mission qui m’afflige – ou me réjouit. Une situation venue me préoccuper avec les années, dans le souci (légitime ?) de ne pas gâcher le temps restant en occupations futiles. Dans le but aussi de me rassurer en me prouvant que la « création » n’est pas un vain mot pour moi, que comme tant d’autres, je sais extraire de mes méninges quelques petites pépites (n’ayons pas peur des mots…). L’angoisse n’est pas loin en ces jours où les mots ne viennent pas, pas plus que le geste qui permettrait de faire naître la plus petite babiole. Ouf !

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Poésie

Poème physique

Je suis chemin, arbre et verdure
Je fraye contre le bois des haies
bois le sérum qui s’écoule des feuilles encore fraîches
Je me protège des tempêtes internes
des vagues de désir enfouies sous des chaleurs
qui montent du ventre
brûlent la gorge
et font pleurer les paupières des rivières

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Humeur

Journal d’hiver

2 janvier … Qu’il file vite cet hiver, simple fétu dans le vent ! Et qu’il est lourd en même temps. Lourd de bascule d’un parent, de la santé à la maladie. Le temps semble près de s’arrêter, les cellules épuisées incapables de se renouveler, le regard à peine reconnaissable, les jambes à l’arrêt. Le bout du chemin, celui du père. Un seul espoir, éviter les trop rudes chaînes, l’aliénation et la demi folie d’un être décidément parvenu à ce grand âge qu’on espère atteindre pourtant – parfois.

20 janvier … La tension est lourde, le soutien familial approximatif. Vivre la maladie, pénétrer les hôpitaux, c’est le lot terrible de tant de personnes même jeunes. Il est difficile d’y faire face de toute façon.

28 janvier … Jour de décès, de deuil et de délivrance. Les proches se rapprochent, aident, protègent celle qui reste. Les jeunes amènent leur respect dans des bagages vite bouclés, arrivent des quatre coins du pays, et d’autres aussi. Temps suspendu.

1er février … Ne manque que l’absente de quarante ans de la vie de celui qui vient de quitter son paysage familier. L’hiver est au rendez-vous de ce froid, de ce gel des sentiments.

15 février … Il fait plus froid que souvent dans ce Sud. Qu’attendre d’autre dans cette steppe de souvenirs doux-amers, sous ce ciel inchangé depuis des décennies ? Le décès d’un aïeul, survenant l’été, se vit-il plus légèrement ? Laisse-t-il entrevoir la vie plus facile, les mouvements plus naturels et acceptés, le pardon plus vite accompli…

1er mars … Premiers signes de printemps après le dernier sursaut du froid : de la neige une nuit, vite disparue au matin. Une lettre peut-elle éclairer ce paysage gris-blanc ? Oui, avec ses deux mots d’apaisement, deux mots capables de ramener les souvenirs les plus lointains, les plus amènes. Ceux qu’il faut protéger pour ne pas les abîmer. Pas d’autre solution, le temps n’est plus aux réflexions, aux questions sans réponse. Deux mots qui consolent, c’est déjà beaucoup !

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Ecrits courts Poésie

Va savoir !

Ecrit à partir de vingt huit mots tirés de « Rien que la vie » – Alice Munro

Le repos me rendait immobile. La rudesse des opinions prononcées avait agi sur mes nerfs. De nouvelles sensations, pourtant, me semblaient en accord avec de vieux poncifs que nombre de parents profèrent à leurs enfants. Brusquement, je fus consciente d’avoir survécu à de bien bizarres conversations. Il me sembla que depuis longtemps on lisait dans mes pensées par dessus mon épaule et cela produisit de petites et fines étincelles qui m’éloignèrent définitivement de tous ces gens qui m’avaient si régulièrement parlé pour tenter de me consoler ou au contraire de me convaincre.

Poésie-fiction

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Poésie

Définitivement

Tant que tu me supportes
j’avance
Avec mes insomnies frileuses
mes somnolences du matin
mes mains inutiles et mes yeux vides
Tant que tu aimes
ma caresse timide
mon air d’oiseau follet
mon cou penché sur la lampe
je m’éclaire et me colore
Définitivement
accrochée à tes bras et à tes pas

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Impressions & Souvenirs Poésie

Impermanence

 

La part éphémère de chacun se délite
Peu à peu la buée brouille le regard
et la pensée se voile
Ne reste que l’ombre de chaque particule
une ombre fixe parce que nous le décidons
parce que son idée même nous rassure
Mais le tout finira par se fondre dans cette ouate
incolore et impalpable qu’est le reflet de notre âme