Elle se lève très tôt. A l’aurore. Elle a mal dormi. Hachures, rayures, rainures, pointillés… C’est ce qu’a donné son sommeil. Elle le sent, perçoit au tréfond d’elle-même quelques légères blessures. Elle ne sait les apaiser, pense « Oui, c’est pire la nuit que le jour ». Bizarrement, l’obscurité met en évidence ce que l’absence de lumière devrait occulter. Elle se dit ça. Il faudrait se protéger de cet écran noir des nuits sans paix ni vrai repos. Du coup, le jour est presque son ami. Même quand mettre le pied à terre semble un défi, le risque qu’il faut prendre. Alors, la vue d’un rai de lumière montant lentement de la profondeur de la nuit lui apporte un instant de joie. Elle aime sentir la fraîcheur du matin, ouvrir lentement et sans bruit une porte, une fenêtre. Surtout ne pas réveiller ceux qui ont embrassé le sommeil si totalement, si utilement. Elle les envie, se nourrit parfois de leur paisible repos, veut en tirer des profits pour elle-même, prolonger le silence de ce sommeil assumé auprès d’elle, là tout près, dans la chambre d’à côté, calfeutrée, fraîche, détachée du monde. Et elle marche à petits pas, ouvre un meuble, range un livre, plie un linge, lentement, avec économie, en dosant précautionneusement les bruits et les silences, tout en même temps. Les secondes, les minutes passant, elle écoute monter peu à peu les bruits du dehors puisque la maison est silencieuse, exempte de mouvements, même des siens qu’elle limite avec tant d’application. Ses sens sont tout entiers tournés vers l’extérieur, dans l’attente de la montée du jour, la naissance d’une nouvelle journée dans l’odeur humide d’herbe et de terre.

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