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Ecrits courts

Eveils

Elle se lève très tôt. A l’aurore. Elle a mal dormi. Hachures, rayures, rainures, pointillés… C’est ce qu’a donné son sommeil. Elle le sent, perçoit au tréfond d’elle-même quelques légères blessures. Elle ne sait les apaiser, pense « Oui, c’est pire la nuit que le jour ». Bizarrement, l’obscurité met en évidence ce que l’absence de lumière devrait occulter. Elle se dit ça. Il faudrait se protéger de cet écran noir des nuits sans paix ni vrai repos. Du coup, le jour est presque son ami. Même quand mettre le pied à terre semble un défi, le risque qu’il faut prendre. Alors, la vue d’un rai de lumière montant lentement de la profondeur de la nuit lui apporte un instant de joie. Elle aime sentir la fraîcheur du matin, ouvrir lentement et sans bruit une porte, une fenêtre. Surtout ne pas réveiller ceux qui ont embrassé le sommeil si totalement, si utilement. Elle les envie, se nourrit parfois de leur paisible repos, veut en tirer des profits pour elle-même, prolonger le silence de ce sommeil assumé auprès d’elle, là tout près, dans la chambre d’à côté, calfeutrée, fraîche, détachée du monde. Et elle marche à petits pas, ouvre un meuble, range un livre, plie un linge, lentement, avec économie, en dosant précautionneusement les bruits et les silences, tout en même temps. Les secondes, les minutes passant, elle écoute monter peu à peu les bruits du dehors puisque la maison est silencieuse, exempte de mouvements, même des siens qu’elle limite avec tant d’application. Ses sens sont tout entiers tournés vers l’extérieur, dans l’attente de la montée du jour, la naissance d’une nouvelle journée dans l’odeur humide d’herbe et de terre.

Autres Ecrits courts

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Poésie

Gober le fruit

Ce qui compte
c’est tenir la main des saisons
c’est le ciel du matin
dessiné sur ma joue
Et puis aimer l’amour
s’accrocher à nos rides
comme à un sourire
Ce qui compte
c’est gober le fruit poussé
par surprise au bord
de l’âme des choses

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Humeur

Depuis tout ce temps où elle croyait savoir

Elle est un peu muette publiquement absente
peu concernée lointaine figée de naissance
Et puis vient une ride au coin des lèvres
entre les sourcils clairsemés d’absence
Et le passant l’ami l’enfant
pressentent une noirceur
une profonde froideur
peut être de l’indifférence
un excès de sérieux
un défaut de légèreté de tolérance
Leurs yeux la voient
camouflée sous la tristesse
incapable de s’en extraire
de la chasser de sa peau
Elle sait que de tous ses pores elle aime
rire éclater bruire et semer la joie
Et elle se dit qu’elle a certainement avancé
maladroitement depuis tout ce temps
où elle croyait
savoir

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Poésie

Ces ailes translucides

Toi tu veillais près du vent
tu parlais un peu haché
un peu happé
Tu marchais foulais toutes les terres
proches ou lointaines
froides ou chaudes
Tu éparpillais les ailes des papillons
qui se posaient sur ta main
parce qu’elles gênaient
trop fines trop transparentes
liées à trop de sensations
fignolées comme des œuvres d’art
Et mon regard les avalait
voulait les faire miennes
ces ailes translucides
évoquant ta force légère
tes mains où les veines
faisaient des ruisseaux
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Humeur Poésie

Au vent

Je regarde le jardin
J’entends le vent
Je vois les arbres, leurs branches en partance
Comme un déchaînement de petites forces
un va et vient dansant sur fond bleu
Le vent aujourd’hui irise de bleu limpide
Pas de plainte triste
mais des formes dynamiques
frôlant les espaces des oiseaux
qui ce matin racontent la journée

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Ecrits courts

In-perceptions

« De quoi contaminer toute la ville » (*), se dit-elle en longeant le parc, ses parterres débordant de fleurs embaumantes. Elle se sentait aveuglée par tous ces bleu, rouge, rose, jaune. Le violet même d’un arc-en-ciel agressif la suivait, décomposant autant les effluves que les formes. La matinée était particulière : ces images la frappaient en pleine face sur ce chemin pourtant si familier. Pourquoi aujourd’hui ? Qu’est ce qui, en elle, la poussait tout à coup vers ces extrêmes perceptions, ces remugles qui la touchaient si fort, au fond des yeux, au creux du ventre ? La nouvelle saison, un rai de lumière plus brut, un vent plus caressant ? Non, rien ne justifiait des sensations qui allaient peut être confiner au malaise. Serait-elle abattue par le poids de l’imperceptible ? Il y avait en tout cas autre chose que la seule sensibilité, sa seule capacité d’émotion. Un poids bien plus élevé la freinait. Elle se donna jusqu’au soir pour analyser le changement. A la tombée du jour, qu’en serait-il ? Par quoi aurait-elle été contaminée ? Elle frissonna sous le verrou de l’attente.

(*) Christian Bobin – La nuit du cœur

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Humeur

Créer, imiter, créer….

« Il ne faut imiter que ce que l’on veut créer » (Georges Braque, Le jour et la nuit)… Encore faut-il vouloir, pouvoir créer. Il m’arrive chaque jour – ou presque – de me mettre en situation de faire quelque chose de mes mains ou de tenter de tirer de ma tête une réflexion. Cette recherche est un défi que je me lance, mission qui m’afflige – ou me réjouit. Une situation venue me préoccuper avec les années, dans le souci (légitime ?) de ne pas gâcher le temps restant en occupations futiles. Dans le but aussi de me rassurer en me prouvant que la « création » n’est pas un vain mot pour moi, que comme tant d’autres, je sais extraire de mes méninges quelques petites pépites (n’ayons pas peur des mots…). L’angoisse n’est pas loin en ces jours où les mots ne viennent pas, pas plus que le geste qui permettrait de faire naître la plus petite babiole. Ouf !

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Poésie

Poème physique

Je suis chemin, arbre et verdure
Je fraye contre le bois des haies
bois le sérum qui s’écoule des feuilles encore fraîches
Je me protège des tempêtes internes
des vagues de désir enfouies sous des chaleurs
qui montent du ventre
brûlent la gorge
et font pleurer les paupières des rivières