Lichen

l’homme lichen
l’homme ravale des temps de jouissance, l’arbre et la feuille sont sa respiration.
il pénètre le corps chaud de la terre : les soirs fumants ou les matins blancs trouant l’abri, de pas en pas il crie son plaisir.
l’homme des hautes terres est dans ces instants, quand le gel garrotte la pierre, quand le lichen pleure de froidure grise.

~

Surprise des gorges nues en été,
leur matière de chair et sang brûlés
est un don
pour les affamés.

~

Tu sens le port là-bas.
Les voiles recouvrent les vagues blanches
où nos enfants passent quelquefois.
Le poids des bateaux aux amarres
nous retient
et nous brise.
Ici.

~

le mal de mots

il y avait
on le sentait
il nous submergeait
on avait
senti
le submergement
du mal de mots
qui nous tenaillait
il était accroché comme le cadenas
sur le pont
de l’île
des mots
et l’on crachait au gré
du mal de mots
dans l’île
qui tenaillait
le mal du pont
qui nous accrochait
on le sentait
il y avait comme le submergement
de mots
du mal de l’île
il y avait
ça

~

tes mains

ton temps passe et
tu t’ennuies
tu délimites les heures pour qu’elles
ne durent
que l’espace d’un jour
tu voudrais finir par le début
recommencer et
t’échapper pour tout annuler

morceaux de rêve amputés
car il faut mettre tes mains dans la réalité
faire et refaire
d’un jour à l’autre le geste
identique
dans le miroir
inutile
dans ton imagination

ton temps presse
tu t’accomplis et
te figes dans une vaine habitude
et des espoirs
envolés