« J’en rêve » ou « J’ai mal dormi »

Je ne dors plus la nuit depuis que j’écris des histoires courtes. Ou plutôt, j’écris des histoires courtes depuis que je ne dors plus la nuit. Enfin, je ne sais plus très bien…
Mais pourquoi la nuit ? Eh bien c’est comme ça. Tenez, Sand par exemple, elle passait ses nuits devant son encrier, ses cigares à portée de main, et elle enchaînait comme ça les romans, les uns après les autres, sans compter la correspondance, des dizaines de milliers de lettres immortelles. Balzac, le grand Balzac, avec deux ou trois litres de café fort dans un pot posé à côté de lui, il tenait jusqu’au matin assis à sa table de travail. Même Proust dictait à Céleste assise à son chevet, pendant des nuits entières, les chapitres de la Recherche. Ah oui, j’allais oublier les poètes ! Eux, ils disaient à leur domestique « Joseph, réveillez-moi cette nuit à trois heures ». Et à trois heures tapantes, ils prenaient le crayon qu’on leur tendait et paf ! ils noircissaient du papier avec tout ce qui débordait tout d’un coup de leur cervelle bien faite.
Imaginez que tous ces génies aient eu des sommeils de marmotte, que comme des gens ordinaires, ils aient eu l’habitude de se coucher comme les poules et de faire le tour du cadran, de combien de chefs d’œuvre serions-nous privés aujourd’hui ? Hein, vous imaginez un peu ? Moi, rien que d’y penser, ça me fait froid dans le dos…
– Anne, qu’est-ce que tu racontes, t’as froid ? Mais t’as vu l’heure ?
Je me réveille brusquement en entendant la voix de Philippe. Dans mon sursaut, je lâche mon crayon et ma lampe de poche se casse en tombant du lit.
-Tu fais chier quand même ! Tu peux pas dormir comme tout le monde ?

Vaguement…

Je sens que je me délite. Je vogue au-dessus des clameurs, des mouvements extérieurs. Je respire difficilement, je caresse ma peau ambrée pour me sentir vivant. Il y a quelques jours encore, j’allais bien. Et depuis cet instant, le flou, le trou, cet abysse où je plonge. Membres sans muscles, tête sans réflexion, poumons sans oxygène. Je ne reconnais plus mon espace vital, les bruits changent autour de moi. La lumière est ocrée, des ombres évoluent dans l’espace clos. Suis-je malade ? Dois-je lutter contre un ennemi ? Il doit être invisible, je ne l’ai pas vu approcher. A moins que je ne sois ce petit poisson qui évolue harmonieusement dans son monde fermé, éclairé jour et nuit par les reflets de l’eau sur son dos et ses écailles savamment disposées. Le débit de l’eau de la fontaine est mon pouls, ma force, les algues furtives sont ma nourriture. Un poisson libre de nager sans entraves, fondu dans son décor.

Haïku, pourquoi pas…

Le haïku naît devant un feu de bois, une lumière matinale, un jour de pâle ciel de pluie. Il est joie vive d’un instant, rumeur bruyante de solitude. Il s’écrit sans rime, en écho à des profondeurs inexprimées, effluves à fleur de peau. La beauté ou la tristesse lui donnent sa légèreté ou sa torpeur. Mais quel goût, prononcé à mi voix ou à haute voix, laisse-t-il au fond de la gorge ?

A l'heure moyenne
un rai
le soleil jaunit

Ombre fragile
Le jour
me suit

Fenêtre allumée
ma joue
pâlit

S'ébrouer
jeter la fatigue
sur l'herbe fraîche

Des voix
par la cheminée
Instant de vie

Le jour
chasse la nuit
S'étonner

Mes petites bêtes

Non, ce ne sont pas des monstres, ces petites bêtes qui me chatouillent l’existence, qui la dérangent par ci par là… Ce sont des êtres tout bêtes au contraire, sans grand penchant pour le raisonnement, l’analyse et la réflexion. Ils vivent le quotidien, une vie et rien d’autre, des jours à la queue leu leu, les jours de soleil pas plus gais que les jours gris. Et le temps a lissé leur pelage, ajouté des soupirs à leurs bâillements, des plis dans leur pattes peu à peu chancelantes. Ils étaient jeunes un jour, et vifs, mais pas sautillants, pas enjoués devant la lueur du levée du jour, ni pensifs à la tombée des nuits. Ils survivaient et s’amélioraient pendant un temps, tout bref, le temps de devenir matures. Mais quelle maturité pour ces êtres si peu perméables à la couleur des arbres sous la pluie, au bruit de cette même pluie sur leur toit, à cette musique qu’ils auraient dû laisser entrer sous l’épiderme, par tous les pores ? Et puis aussi, voir à travers la profondeur des cavités de leurs yeux transparents comme l’eau qui se perd le long de leurs routes de campagne. Elle va pourtant rejoindre le prochain petit ruisseau, cette eau imprévue que le ciel offre un jour humide, dans une saison froide. Pour finalement justifier la source indispensable. Non, ce ne sont pas des monstres ces petites bêtes qui me ressemblent peut être aussi.

Rubrique Ecrits courts

L’ivre de lumières

~ Ma lumière n’est pas la tienne, je la cache au fond de mes yeux
~ Le rai du matin est-il fils d’un rêve ?
~ Si lumière il y a, alors l’obscurité me berce
~ Enfant des lumières ou enfant des sagesses ?
~ Lumignons et lampions accrochés sous mes paupières les soirs de fête
~ Lumière d’un jour, encore faut-il que ce soit le plus beau
~ Je rumine mes pensées et en digère toute la lumière
~ A rêver de lumière, je me sens contemplative
~ Quand sa lumière m’éblouit, mon horizon bascule dans sa boréalité
~ Lumineuse éternité pour l’homme touché par la grâce
~ La lumière est au ciel idéal ce que le bleu est à la mer idéale
~ La mort est un artifice, le seul à jeter des feux déjà éteints
~ Que me sert la lumière quand tout autour je ne vois que tristesse

 

Vers « Mes petites sentences »

 

Confession

Jusqu’à quand était-elle restée fidèle ? Sa part de femme normande diablement piquante avait toujours été pour toi une évidence. Dans ce livre, ses déclarations avaient fait un véritable fracas, un retentissement révélateur de son côté « cigale vagabonde ». Au fond, tu savais qu’elle se livrait tout entière, dans un geste de poésie… Mais en fait, rien ne s’accordait dans son histoire puisqu’un jour elle avait choisi de s’assassiner. Alors, tu as cueilli du côté du champs spirituel toutes les fictions qu’elle t’avait offertes. Et maintenant, c’est avec elles que tu vis.

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