Catégories
Poésie

En espace clos

un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
menottes rondement
appliquées sur les muscles
étirés
le mouvement la marche
bloqués
une vie au ralenti
au bout il faut compter
que rien ne sera libre
empêché de l’intérieur
verrouillé et stupéfait
la vie sera sans espace
les menottes prises
les mains inutiles et
l’esprit
oui l’esprit
un carré noir sur la page blanche
une rayure sur le cahier
un cube sans couleur
sans profondeur
dans ce dessin bleu de nuit
la fin de vie est carcérale

Texte paru dans la revue FPM n° 19

 

Catégories
Dessin Poésie

Frida

C’est une fleur plantée dans le front
un pan d’histoire
dans des sourcils de cactus
Vestale du Mexique
longue robe violentée
fresque millénaire dans un jupon
coiffure de guerrier et bijoux balafrés
A Chicago elle peignit
son visage d’histoire amérindienne
son pas claudiquant déposé
devant les temples précolombiens

Catégories
Enfants

Dessins d’enfances

Catégories
Impressions & Souvenirs

Lettre à une soeur

Temps inédit. Moi ici, toi là-bas. Nous voilà vivant pour la première fois depuis quatre décennies la même situation. Je t’imagine dans ta ville, ton quartier, quasi immobile dans un appartement. Tes cheveux gris sont retenus par deux bandeaux serrés sur la nuque. Tes yeux verts peut être un peu éteints maintenant regardent autour de toi derrière des lunettes cerclées de métal. Tes gestes sont lents, tellement rodés depuis toutes ces années où tu les as habitués aux mêmes occupations, alternativement domestiques et intellectuelles. Je t’imagine finalement assez peu troublée par les événements actuels, tant tu as vécu sage et confinée, cloîtrée dans le sanctuaire que tu t’es construit. Dans cette ville, dans cet appartement, tu as sacralisé ton existence, tu l’as muée en sacerdoce, tes gestes et tes pensées exclusivement dévouées à un seul homme. Quelle différence alors, pour toi, cette réclusion imposée ? Elle est ton quotidien depuis longtemps. Il faut m’excuser si ce que je décris là n’est pas conforme à ta vérité. Dans la mienne, celle que j’ai acquise depuis ton départ, tu ne peux être autrement. Je ne peux te faire vivre d’une autre manière lorsque je pense à toi. Et je n’ai pas toujours fait cet effort là, penser à toi. J’ai souvent chassé de mon esprit la condition que tu avais choisie. Le récit de ta vie, je me le figurais d’après nos derniers échanges, tes derniers états d’âme, tes dernières dispositions. Cloîtrée, c’est ainsi que je t’ai imaginée et admise. Alors que moi, je devais vivre, et pour cela parvenir à oublier les incessantes mésententes, les continuelles incompréhensions et les graves disputes. Vivre ma vie : me marier, devenir mère, travailler, puis divorcer, aimer un autre homme, accueillir d’autres enfants, aimer la vie de famille, nombreuse, turbulente et gaie. Aujourd’hui je me vois confinée, sans enfant, sans voix bruyantes et joyeuses, dans le paisible huis-clos du couple. Alors c’est vrai, pour la première fois peut être depuis quarante ans, je me sens réunie à toi, à ta condition. J’espère que comme moi, tu es consternée face à l’imprévu, qu’ensemble nous ressentons la même impuissance. Ensemble, pour une fois, liées par la même cause.

Mars 2020, depuis mon Intérieur

Parution dans le hors-série de la revue Lichen du 14-04-2020

 

 

Catégories
Dessin

Il y a dessin et dessins …

Catégories
Humeur Poésie

Rien ne bouge

Il fait soleil – les oiseaux au beau fixe – mais rien ne bouge
Quelques fébriles bruissements – dans ma tête des bruits – des vagues claires et sombres
Aucune odeur – non je ne suis pas malade
Ce n’est pas mal ici le printemps – pas de souci on sera en été – bientôt
Tout ça sera oublié – mais non je ne sens pas le froid – il fait chaud – presque
On dira ça dans quelque temps
Dehors la table blanche – brille au soleil – posée sur les herbes douces

Catégories
Poésie

J’avais aux mains des herbes folles

Catégories
Poésie

La ville noire

Ville pleine
où errent les misères
Les voit-on
les ignore-t-on
les rêve-t-on
Ville noire ville blanche
aussi impersonnelle
qu’une prière ordinaire
Habitée Déshabitée
Brûlée au hasard de ses rues
rayées des salissures
des hommes parvenus
et des hommes encore non advenus
C’est ça la ville
impuissante active et punie
Bornée des bruits obsédants
de vie de mort et d’ennui

La ville noire, roman de George Sand – 1860

La ville noire décrit une industrie, celle des couteliers-armuriers de Thiers. Dans cette société miniature, bas et haut s’affrontent, peuple des ouvriers du Trou d’enfer et peuple des bourgeois de la ville haute.
« Une fois brouillé avec l’espérance, on s’abrutit tout doucement dans le travail quotidien ; on arrive insensiblement à ne plus regretter, à ne plus comprendre le mieux ; on se néglige, on s’abandonne au moral et au physique ».