La photo ancienne que je tiens dans les mains montre la nudité de deux corps athlétiques. Une femme jeune, aux cheveux longs, frisés et bruns. Un homme blond au torse musculeux ne montrant aucune pilosité. Sur ce cliché noir et blanc, le décor est réduit au minium, un tapis ou plus exactement une peau animale et un siège simple d’un style indéfinissable. La femme est debout, une main sur l’épaule de l’homme assis. Le reste du décor est laissé dans l’ombre. Seules deux sources de lumière artificielle sont dirigées sur le torse de l’homme et le ventre légèrement rebondi de la femme. Il est évident que le photographe a voulu célébrer le couple, la complémentarité de ses mérites, force pour l’homme, fécondité pour la femme. J’ai retrouvé cette photo dans un carton de souvenirs ayant appartenu à une grand tante. Elle ne porte malheureusement ni signature d’un atelier photographique ni mention manuscrite au dos comme en montrent la plupart des photos de famille conservées au milieu d’autres souvenirs. Qui peuvent bien être ces deux modèles ? J’ai peut être entre les mains une pièce ayant servi à un artiste. Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, les peintres avaient pris l’habitude de travailler d’après photographie et non plus avec des modèles vivants. Le grain de la photo imprimée sur papier mettait directement en évidence le relief d’un décor, les volumes du corps, il offrait une reproduction fidèle déjà travaillée. L’exécution de l’œuvre semblant ainsi en être facilitée. Je songe en reposant le cliché que cette évocation va me poursuivre longtemps, longtemps je ne pourrai m’empêcher de rechercher dans les livres, ou les musées pourquoi pas, quel peintre célèbre aura portraituré ce couple insolite qui désormais va reprendre sa place au fond de ce vieux carton.

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