L’image est intéressante. Un bout de chemin dans les herbes sèches de l’hiver, prêt à rejoindre le ciel dans une envolée de nuages tourmentés. Tout le midi est là, sa terre de vent, son terroir d’asile de populations venues s’installer à la croisée de ses chemins.
A quelles légendes rêver pour entendre les cris des choses fragiles, quand sur les versants de corail la beauté des arbres nous fait pleurer. Un écho imperceptible porte au-dessus de la route le chant des feuilles de braise. Nos corps soudain rodent et se fondent au dehors en ossements moutonneux. Et notre image se tient dressée dans le miroir de nos souvenirs.
A table ils sont,
la famille emportée
au dessus du
partage.
Couteaux coupant l’air retenu
dans cette pièce d’ombres.
Et le repas est servi
odorant et riche.
Course de regards
envieux aigres-doux
rictus phrases courtes
entrechoquant les pensées
en éclats de porcelaine.
C’est un huis-clos
dans l’épaisseur du silence.
Violent.
La jeune fille est lumineuse
seule à regarder
au delà
seule parée de ces larmes calcaires
qui la fondent en pluie.
Elle s’éloigne
de l’assemblée inutile
à deux pas
elle est seule
elle est l’ombre létale.
Je suis-je en colère au matin dans une campagne où j’accouplé-je mes multiples vies
Je suis-je lente et mesurée mais je voudrais-je être la foudre et l’étincelle fleurie
Je marché-je lourdement sur mes tapis de pensées monochromes et thermolumineuses
Je suis-je libre de vivre heureuse mais le sens de mes atermoiements me meutris-je
Je verbia-je et coloria-je mon alphabet de soudaines et fugaces futaies d’yeuses
Je suis-je pauvre devant la riche nature où mon regard se posé-je nerveuse
Je suis-je heureuse par le mot et le geste quand je les maîtrisé-je pauvrement
Je célébré-je ma vie amoureuse évanouie au ras de mes précipices honnis
Je suis-je la femme qui pleuré-je apitoyée sur son lâche enfantement
Déjà l’automne vente le ciel d’une blancheur d’acier. Regarder au travers de la serrure un cœur jaune et humide se dessiner comme une lueur entre chien et loup. Il faudrait invoquer tous les fers à cheval, les trèfles à quatre feuilles et les rameaux d’olivier pour cesser de se sentir bancal. On se pencherait alors vers l’ami présent. Et les feuilles cirées se casseraient et montreraient leur face d’hiver avancé.
15 avril 1848 Bulletin de la République, texte de George Sand
Citoyens, nous n’avons pu passer du régime de la corruption au régime du droit dans un jour, dans une heure. Une heure d’inspiration et d’héroïsme a suffi au peuple pour consacrer le principe de la vérité, mais dix-huit ans de mensonge opposent au régime de la vérité des obstacles qu’un souffle ne renverse pas ; les élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l’expression des intérêts d’une caste, arrachée à la confiante loyauté du peuple, les élections, qui devraient être le salut de la République, seront sa perte, il n’en faut pas douter. Il n’y aurait alors qu’une voie de salut pour le peuple qui a fait les barricades, ce serait de manifester une seconde fois sa volonté, et d’ajourner les décisions d’une fausse représentativité nationale.
Source : Correspondance George Sand – Classiques Garnier – Collection dirigée par Georges Lubin