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Humeur Poésie

In LE DEVERSOIR INVOLONTAIRE

Nouveaux extraits …

Poésie pénurie – La poésie fatigue tout espoir, décourage le soulagement. La poésie des mots que l’on veut écrire soi-même. Celle des autres rend envieux le plus souvent, on sait que telle, ou même approchante, elle ne nous sera pas offerte facilement. Quand la première lettre du premier mot tarde à se tracer sur la feuille… et qu’on espère tant qu’elle nous emporterait dans un nuage léger ou encore mieux vers des émotions un peu dingues, et tellement profondes ! La main, la tête alors cessent tout travail de l’intelligence et de l’instinct, le crayon retombe dans un bruit silencieux : notre voix ne s’est pas fait entendre !

Voyage performance – Dans une nuit et deux jours, non dans deux jours et deux nuits, plutôt dans deux jours et une nuit…. Enfin, dans pas mal de temps, le voyage prendra fin. Comment compter les heures quand le vol vous suspend du fin-fond de l’est vers le cœur de l’ouest, bon sang, on se perd à balader d’un bord de la terre à l’autre, quel temps gaspillé en catimini dans les entrailles d’une carlingue … Pour quelques découvertes, des retrouvailles familiales, des affaires à faire… C’est ainsi que beaucoup d’hommes vivent, le voyage rivé à la peau, à la tête et aux jambes. Comme le sport aux affamés de performances.

L’artichaut – Il cuit si difficilement, surnageant sur le dessus de la casserole qui n’arrive pas à le contenir. Il est presque sphérique, enroulé autour de ses solides écailles. Combien de minutes lui faudra-t-il pour lâcher prise et se laisser amadouer, devenir tendre et désirable. Il demande tellement de patience pour se faire apprécier ! Ne ressemble-t-il pas à ces bougons, ces ours mal léchés, ces grossiers personnages que l’on croise à l’occasion. Et que l’on voudrait oublier illico. Contrairement au ci-devant mal poli, l’artichaut offre tout de même sa part de générosité, le goût subtil et précieux de ses pétales une fois décortiqués. Comme le cadeau d’un parfum rare. Allez, merci l’artichaut, et sans rancune !

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Humeur Poésie

Jeu de massacre

S’ouvrir chaque matin
à un parfum d’air pur
pour que tout dans le monde
donne sa pleine saveur
et que chaque enfant marche
où ses pas feront sens
Mais l’amour vient de si loin
pâli fatigué par les lames du temps
aiguisées à notre esprit incrédule
Le reconnaître est un jeu difficile et cruel

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Impressions & Souvenirs

Bulletin météo

7 heures 30 et 16 heures 30
Sur un champ de neige du Nord

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Ecrits courts Humeur

Perplexité

Comment s’adresser à l’homme assis dans la salle d’attente d’un cabinet de radiologie, portant à son revers une croix, discrète par sa taille et sa couleur, mais parfaitement visible sur son vêtement noir… En dehors d’un « bonjour » lancé timidement, je n’ai parlé à aucune des personnes présentes. Encore moins à l’homme d’église dont la présence en cet endroit m’a surprise. Mais quelle pensée idiote, cet homme ne peut-il être, comme tout un chacun, malade probable, hypocondriaque potentiel ? Bien sûr qu’il en a le droit, me disais-je en patientant, perdue dans ces conjectures qui n’auraient pas dû en être.
Comme chaque fois en pareil cas, j’ai sorti de mon sac mon téléphone portable pour en couper le son et l’ai immédiatement remis à sa place pour ne pas être tentée d’y jeter un œil. Comme souvent aussi, j’avais oublié de prendre le livre que je suis en train de lire ainsi que mes lunettes de vue ! Notre voisin, lui, était plongé dans un petit livre à la couverture bleu marine, indifférent à notre présence, visiblement absorbé par la lecture des dernières pages de l’ouvrage, ces pages cruciales où l’intrigue la plupart du temps se dénoue et où le lecteur reçoit sa récompense. De nouveaux arrivants se sont présentés, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, pendant que d’autres, leurs examens étant terminés, se sont levées et ont quitté la salle. Du temps s’écoulait et me semblait de plus en plus long à tuer, mon tour visiblement n’étant pas encore arrivé. Je me dis alors que je serais curieuse de savoir comment la secrétaire allait appeler ce patient en particulier lorsque j’entendis quelqu’un crier mon nom de jeune fille (ce qui me ramena bien des années en arrière) et que je dus suivre la manipulatrice.
Je ne sus donc pas comment la secrétaire s’était adressée à l’ecclésiastique, si elle avait privilégié Monsieur l’Abbé, Monsieur le Curé, Mon Père, ou pourquoi pas, Monsieur tout court … Quant à moi, je n’avais pas eu l’audace de l’interpeller pour savoir s’il lisait un roman ou son bréviaire.

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Dessin

Correspondances …

« Les gravières s’étranglaient sous le fracas des pluies diluviennes. Dans le torrent, l’eau coulait visqueuse et sale. Autour de nous, seulement des champs déserts. Et pourtant on imaginait, là tout près, des animaux tanguer dans ce décor lunaire, gorges exsangues, langues acides. Nous savions qu’une louve antique, à l’amour viscéral et généreux, aurait été notre seule protection. Etions-nous le jouet du premier cataclysme nucléaire ? Personne n’a su nous montrer d’un index rassurant la fenêtre d’où une lumière fraîche nous aurait éclairés. »

‘Guerre ou Paix’ – Poésie-fiction – mai 2019

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Impressions & Souvenirs

Latitude Nord

A travers les îlots de neige, des lacs impulsifs. Sous les ciels bleus et blancs, venues des terres proches, des pierres rouges teintées de gouttes blanches. Rochers posés dans des parcs si rarement en fleurs, cimetières polychromes aux voix austères. Le pâle ciel ne vibre que d’îles de recueillement à peine troublées par la dislocation des glaces. Ici j’ignore mes jours, je commence une nuit boréale à chaque échappée, chaque élan du Sud au Nord. Ebauches déçues, réchauffement avorté près de ceux qui veillent simplement dans cette ville, ailleurs, cet autrement.

La neige tombe du toit et la poudreuse me farde les joues. Sur le chemin le froid crisse et gémit. Les arbres, les beaux arbres encore endormis, quelle couleur ont ils eue un jour ici. Le regard figé par ce liquide au fond des yeux, un jour, plus tard, s’illuminera encore. Le temps si court courra alors vers nous avec un redoux, un relent de gulf stream.

C’est l’hiver dans la lumière éclatée des champs de neige du Nord. La ville se colore tout doucement, se couvre de glace, de givre pour briller autrement. Lentement, les hommes s’y promènent, pantins habillés de laine molle et chaude. Ils iront ainsi, marionnettes patientes attendant le retour des jours longs.

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Impressions & Souvenirs Poésie

L’été, et après…

Le ballon a crevé sous l’assaut de l’été,
petite sphère abandonnée comme les jeux des enfants.
Le froid l’a remisé au pied poussiéreux des arbres de l’automne,
l’a caché sous les branches en train de tuer le temps des vacances.
Les rires s’entendent, lointains

Plus de jeux d’eau,
la pluie mouille la vague ridée
de la piscine.
Le bleu a fini de se dissoudre
dans la joie et les voix.
Plus rien ne rappelle
les temps futiles
et les pas des enfants
se noient dans le bain froid
de la première gelée

 

Oubliés les dessins
sur les murs…
Oubliées les voix
éclatées et railleuses…
Oubliés les pas, les paroles et les pleurs…
Plus que le creux des chambres
blanches et froides,
plus que le gris et le noir –
lumière nue.
La clé a été cachée
sous le paillasson
et les volets fermés
au seuil du jour

J’entends le vide se durcir.
Dans son endormissement,
la maison l’absorbe
pour en faire son voile d’hiver.
Pourtant un bruit tinte
sous la lampe restée éveillée.
Comme le furtif égrènement
du récit de ces vies
pleines et joyeuses,
gorgées de rires
à satiété

Que dire aux enfants perdus ?
Que le chemin les précède
mais ne les suit pas…
Que dire aux enfants déçus ?
Que la joie est un chapiteau
à dresser sur le pré,
sous le ciel de Cassiopée à
Céphée…
Que dire à l’enfant en train
de grandir ?

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Ecrits courts Impressions & Souvenirs

Souvenirs dansants

A bien y repenser, le premier souvenir de mes années de danse est olfactif, il se fige dans l’atmosphère confiné et parfois un peu lourde des salles de cours où  se succédaient un si grand nombre de gamines de septembre à juin. L’école occupait le premier étage d’un bâtiment vétuste où les odeurs propres aux vieilles maisons étaient décelables dès la cage d’escalier, un mélange de moisissures des charpentes et des murs de chaux sous l’accumulation des poussières anciennes.
L’immeuble aux larges proportions avait gardé quelque chose de la grandeur du dix-septième siècle : parquets et tommettes usés, hautes fenêtres à petits carreaux, larges cheminées de marbre, plafonds aux moulures de stuc. Une impression de noblesse qui collait bien à ce lieu où une discipline artistique était enseignée, impression encore accentuée par les miroirs qui couraient le long des murs, vitrines indispensables au travail de synchronisation du mouvement. S’ajoutaient à ce décor de « ballet » les barres, flexibles ou rigides sous nos mouvements.
Que me reste-t-il des chorégraphies apprises des après midi durant ? Des musiques disparates : Pink Floyd, Bach, Boulez, Gerschwin… Des costumes variés : combinaisons une-pièce aux couleurs discutables des années soixante-dix, longues robes fluides inspirées de Pina Bausch. Des accessoires : bougie, blé, longs rubans de tissus déroulés lentement sur la scène. Parce que cette musique s’y prêtait, Pink Floyd nous avait permis d’improviser, par groupes de deux ou trois, des enchaînements librement travaillés et intégrés à la chorégraphie. Formant au final des tableaux séparés mais judicieusement placés sur scène pour former un ensemble.
Le groupe de danseuses n’était pas vraiment homogène. Nous avions entre quinze et vingt ans, maigres ou potelées, jamais en sur-poids. Nos différences étaient accentuées par la taille, grandes, petites et moyennes se côtoyaient fâcheusement pour un rendu optimal. Si nos apparences étaient diverses, nos caractères aussi et nous n’avions pas toutes la même implication, la même assiduité, et plus gênant encore, les mêmes aptitudes à la danse. Le succès médiocre de ce groupe, qui se voulait pourtant l’élite de l’école, tenait donc sans doute à la disparité de ses membres. Et quel handicap pour la danse que de faire évoluer ensemble des membres distordus !
Les chorégraphies, je les ai depuis longtemps oubliées, rangées dans un coin de mémoire qui restera inexploré. Des paroles échangées, des mouvements répétés à longueur de semaines et de mois, il ne me reste rien. Seuls les odeurs, les sons, les couleurs ont persisté. Et aussi ce goût caractéristique des carrés de sucre non raffiné, délicieusement caramélisés, que l’on croquait au milieu de nos quatre heures d’entraînement. Ils contenaient l’énergie nécessaire pour nous permettre d’aller au bout de nos efforts et… de mes souvenirs.
Et au-delà encore, ma mémoire a gardé intact le plaisir d’être sur scène, sans appréhension, sans crainte du regard du public, mais avec une vraie sensation d’accomplissement.