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Ecrits courts Impressions & Souvenirs

Environnement sous influence

Après avoir entendu Charlotte Perriand parler…

Onde occasionnelle d’influences éparses,
comme une sourde leçon
qui s’insinue au-dedans et même au-delà
d’un être inspiré
fragile – peut être – au point de ne voir
son environnent que déformé
pas flou, non, presque carré,
rectiligne, aux contours bien arrêtés.
Pièce formée de lignes droites
et coupée par des angles secs, saillants.
Rien d’enveloppant, seulement du recouvrant,
une chape de béton, couverture ferme.
Du confort bien solide, bien dur
armé de particules denses et serrées
autour d’un noyau plus tendre.
Onde occasionnelle d’influences…
Est-ce ainsi que se forge l’inspiration
des architectes et designers …
Peut être, mais sans oublier le talent,
la sensibilité, l’imagination et tout le reste !!

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Dessin

Promenade en forêt

Parfum de cire d’abeille dans ces coupes de pins sylvestres

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Humeur Poésie

Le mal de mots

Ecrire en riant, ricanant, jonglant, se répétant… Ecrire comme on marche, en tâtonnant et rebondissant… Délirer, en rêver éveillé ou endormi… Et, la tête et les mots à l’envers, se délivrer du mal des maux.

AG  2012

Pré au clair
carré fleuri
c’est l’été à ceci près
Claire la lune
près du ciel
étalé sur la pelouse
carré fleuri
La lumière la nuit
éblouit
le pré clair comme
la fleur de lune

Gentil verbe
poli ciré
mot lisse policé
de liesse et gentillesse
virtueuse et gentilleuse
allégresse
polie cirée
en liesse verbeuse
Merveilleuse
cire polie
liseuse de gentil
verbe
et diseuse d’allégresse

Il y avait
on le sentait
il nous submergeait
On avait senti le submergement
du mal de mots
qui nous tenaillait
Il était accroché comme
le cadenas sur le pont
de l’île des mots
Et l’on crachait au gré
du mal de mots
dans l’île qui tenaillait
le mal du pont
qui nous accrochait
On le sentait il y avait
comme le submergement
de mots du mal de l’île
Il y avait ça !

A Paris j’ai souri
j’ai appris à faire des paris
sur les pavés malappris
des partis pris
A Paris les souris
parent les parvis
rats et souris malappris
sans partis pris
A Paris je suis partie
pour faire des paris
sur la vie

Dame ma dame
madone modelée comme le modèle
mimé en momie
Dame ma dame
damée au pied du mol domaine damné
Dame ma dame
madone nonotone

Balle au rebond
ping    pong    boiiinng
don et rebond du bon
va et vient
du bon au nauséabond
La balle bondit
sur le rebord du balcon
boiiinng !

Je joue tu joues il joue
Je jouxte tu jouxtes il jouxte
Je jonche tu jonches il jonche
Quand nous jetons-nous

Pédant pétale paradant
pois et senteur une fois nés et raffinés
fleur écartée de tous ses pétales
Joli mois de mai en forme
de pois pétales et odeurs tenaces
Pédant parfum paradant

Sur le rivage
on nageait
on ravageait
le village
au bord de l’Ô
Et du rivage d’en Ô
on voyait le village
d’en bas
raser le bord de l’Ô
ravageant le banc
du rivage en nageant
Ô !

Branle-bas de bataille
au fond des muscles
des liquides et des humeurs
Rides du mal souffert
moulé creusé
de sillons de bataille
saccagés et ravagés
Corps abîmé
sous le mal des liquides
et humeurs passés

Crucifix moi
croix moi
Jure-moi
croise jure et
écartèle le moi
sur la croix
accroché à tes jurons
Crochète-moi
au pied de la croix
rouge feu et sang

Proverbe en verbiage
et bavardage prononcé
oralement et proverbialement
Eructé et projeté
de verbe en verbe
Gerbe d’éclatement
et  éructement
pour signifier
le mot

L’ire est vraie
et lire me plait
quand je varie et vacille
L’ire alors me pliera
et je serai une plainte
au fond du livre

Se trouver
se chercher se ranimer
se déclamer s’étonner
se déjouer s’inventer
se vouloir se brancher
se mouvoir se serrer
se solidifier se colporter
se gommer se révéler
s’émouvoir s’imiter
se lire s’allumer se défaire
se délimiter se démêler
se jouer se livrer
se donner
et
se respirer

En heures et en heurts
le temps creuse
Heurts de sons
et heures de somme
Horaire de sommeil
rare et temps heurté
Creux des heures
temps nu et temps morcelé
Le vide creuse
et le sommeil
rarement me croise

Spectateur ébahi
au bas de la scène
éblouie de brume spectreuse
Ebloui par l’écran
des nuits scéniques
embrumées d’ébahissement
Spectacle veilleur de nuit

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Ecrits courts

Un simple regard

J’ai croisé hier une parente assez éloignée, généalogiquement autant que géographiquement. Elle était de passage, visitant avec des amis la région dont elle est originaire. Ses parents étant décédés depuis pas mal de temps, elle n’avait pas eu de raison, ou d’envie, de revenir depuis des années. Après les exclamations d’étonnement de nous retrouver ainsi sur un parking de supermarché, nous avons eu une discussion de quelques minutes – juste assez pour rappeler quelques souvenirs – interrompue par la sonnerie de son téléphone qui la réclamait ailleurs.

Une nuit est passée sur cette rencontre imprévue. Et il m’est venu ce matin en repensant à la personne que je retrouvai ainsi fortuitement une réflexion motivée par son regard. J’avais un souvenir d’elle jeune, les cheveux blonds, longs et souples. Je l’ai retrouvée hier, presque vingt ans plus tard, les cheveux grisonnants et attachés sur la nuque. Autant dire que le changement n’a pas facilité la reconnaissance faciale, si j’ose dire !

Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est le regard que je n’ai pas reconnu sous cette nouvelle apparence. Ses yeux verts, agréables et flatteurs dans mon souvenir, semblaient beaucoup plus rapprochés et ainsi donner à son visage, à son expression, quelque chose d’étriqué. De là à imaginer que son caractère avait suivi la même pente, le même rétrécissement, je suis presque tenté de me le figurer.

Ce matin, ces réflexions me distraient, je l’avoue, de mon quotidien où les humains n’ont pas une place de choix. Il ne faudrait pas s’imaginer pour autant que je sois un de ces défenseurs des animaux qui jugent l’homme bien moins aimable ! Non, je suis tout simplement ce que l’on peut appeler un « ours », quelqu’un qui a du mal à côtoyer son prochain et que son prochain ne recherche pas non plus.

Alors, pourquoi voir dans le visage de ma parente un changement de caractère sous l’évolution de sa physionomie, liée d’ailleurs certainement à sa nouvelle coiffure… Ne serait-ce pas moi qui aurais pris le pli de voir chez certains des signes de ce que je ressens moi-même, en me plaçant quasiment en marge de mes semblables ? Car enfin la grande majorité d’entre eux semble nager harmonieusement dans n’importe quel environnement.

Une question me vient à l’instant : comment, elle, m’aura-t-elle perçu ? En y réfléchissant je me dis qu’au fond, je m’en moque un peu. On ne vit pas comme un « ours » par hasard.

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Impressions & Souvenirs Poésie

Souvenir

Mon pied se posait
sur le noir du pays
dans cette cour d’école
accolée à la maison
Je repense à son odeur
de goudron chaud
et aux feuilles de ses arbres
dans les saisons fraîches
Grandir était ma seule occupation
sous la prudence de mes huit ans
Je sais que je n’ai rien gagné
aux jeux des espoirs

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Ecrits courts

Jour-naissance

Elle est arrivée en trombe sous des trombes d’eau. Et elle y voit deux signes : un – qu’elle ne sait rien faire sans le faire très vite ; deux – que l’expérience du robinet est à l’origine de sa peur bleue de l’eau.

Le nourrisson n’ayant pas de souvenir de ses premiers instants de vie, elle a comme tout le monde appris les circonstances de sa naissance par le récit familial, détaché et amusé. Est-il possible de connaître son propre moi, de le considérer hors des influences de l’entourage ? La réponse est négative. Est-il possible de retrouver nos premières sensations et ce qui nous a animés dès nos premiers mois, nos premières années… Peut être en se rappelant des instantanés de situations, des images, animées ou non, des couleurs, des odeurs, des lieux précis ou non. Et donc imprégnés de tout un environnement, influencés par lui aussi. C’est un exercice facile, sous l’angle de l’anecdote ou du souvenir émouvant. Des récits brefs qui mettent parfois en scène la famille proche, des camarades, quelques adultes croisés dans la vie de tous les jours. Parce qu’au fond, une vie n’est-elle pas qu’une succession d’instantanés, de moments ajustés les uns aux autres. Sur lesquels notre volonté n’a pas toujours de prise.

°

Il fait chaud ce matin là. Septembre est encore dans son premier tiers. Ici, l’arrière-saison ne débutera pas avant un mois. D’où cette fatigue supplémentaire de la mère, enceinte pour la troisième fois en trois ans. Les dernières semaines ont été pénibles, les deux grands demandent beaucoup d’attention et de travail. Heureusement, la grand mère est là, aide. Avec sa jeune sœur, elle a pris le car pour ce rendez-vous chez le médecin. Trente kilomètres de petites routes. Elle a fini par accepter la clinique. Pour les deux aînés, elle avait fait confiance au  médecin de famille et laissé le hasard décider de l’issue d’un accouchement à la maison. Le verdict du spécialiste est catégorique : l’accouchement est imminent. Malgré la fatigue, les indispositions – elle a pourtant déjà vécu l’expérience deux fois – elle ne pensait pas que le moment était arrivé. Voulait-elle retarder l’échéance, repousser le moment d’assumer cette nouvelle naissance et tout ce qu’elle implique de responsabilités ?

Sa jeune sœur, inconsciente de la situation, aimerait bien pourtant avant de reprendre le car pour la maison faire quelques achats dans les grands magasins – on ne vient pas tous les jours à la ville – profiter de l’occasion qui l’a motivée à accompagner sa sœur aînée, avec son gros ventre, ses pieds douloureux et son souffle court. Pas de pitié chez la plus jeune : l’aînée accepte, pour faire plaisir. Elles perdent ainsi deux bonnes heures aux Dames de France. Mais elle se sent de plus en plus fatiguée, très vite elle regrette, presse la benjamine de se rendre à l’arrêt de bus. Il faut prévenir le père le plus vite possible. Heureusement, il ne travaille pas à l’autre bout du département ce jour là.

Le retour est pénible, les douleurs se rapprochent, plus de doute maintenant. C’est une naissance vaille que vaille un jour d’indécision, d’imprévision. De retour à la maison, la valise est vite bouclée, les deux grands embrassés et laissés à l’aïeule. Trajet en sens inverse, en voiture. Elle ressent dans son dos toutes les déformations de la route, ne sait comment se tenir pour amortir les chocs. A chaque secousse, elle croit accoucher.

Le bébé naît dès l’arrivée à la clinique, quelques minutes plus tôt, c’était dans l’ascenseur. C’est une fille de trois kilos, sans signe particulier, qui crie de tous ses poumons et ainsi rassure immédiatement la mère. Dès le cordon sectionné, la sage-femme rince le petit corps sous le robinet : baptême improvisé pour cette enfant née un jour de fin d’été à la fin des années cinquante.

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Impressions & Souvenirs Poésie

Devoir

Laisser la nuit
boire le jour
à la morsure du soleil !

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Ecrits courts Humeur

Filet d’eau

Perle de nacre, nacre perlée. D’où me vient cette rime ? D’une chanson entendue enfant ? D’un conte oriental ? Je n’en sais vraiment rien ce matin, alors que lentement le jour se lève, que la chaleur monte, douce et cotonneuse. Des parfums,  peut être, me reviennent avec cette évocation, voisins de celui des fleurs de tiaré qui sentent l’été, ou des lavandes persistantes parce que plus proches… Mais la perle, elle, vient des eaux, des océans, des étangs, des mers où le coquillage la crée. Ici, rien de tout cela, dans ma campagne aride où le plus petit filet d’eau nous fuit. Un filet d’eau ? Mais oui, celui de ma douche. Et la perle de nacre, bien sûr, je la vois dessinée sur le flacon de shampoing sur le bord de la baignoire. Tout à coup, je ne sais à qui donner ma préférence, à la perle ou à la nacre… ou à la journée qui débute.