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Impressions & Souvenirs

L’âge de Colette…

Tiré du Fanal bleu, 1949

« Que nos précieux sens s’émoussent par l’effet de l’âge, il ne faut pas nous en effrayer plus que de raison. J’écris « nous » mais c’est moi que je prêche. Il n’y a qu’à attendre que tout s’éclaire. Au lieu d’aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac. Rien ne dépérit, c’est moi qui m’éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. Découvrir qu’il n’y a pas de désert : c’est assez pour que je triomphe de ce qui m’assiège ».

 

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Impressions & Souvenirs

Nos habitudes, nos hérédités

Ecrire dans des draps blancs l’histoire maculée des générations passées. Se réécrire comme une lignée, une descendance dans son hérédité maladive ou bénéfique, dans ses habitudes et ses surprises. De génération de fils en fille, père, mère et rejetons plus ou moins avoués. Comment expliquer le présent, ce résultat écrasant sous des années, des décennies, des siècles d’inévitable poids. Chevelures poussées au vent de pays différents ou au souffle d’adresses inchangées, de lieux connus, de paysages et d’images identiques. Leurs odeurs entre d’autres reconnaissables, entre toutes imprégnées jusque dans les os des hommes, des femmes, des enfants. Alors, souvent ne jamais connaître la couleur d’un ciel nouveau, le goût d’une terre étrangère dans son âpreté incontournable, d’une terre même voisine. S’ancrer les deux pieds dans un sol sans espoir de changement ou sans volonté de découverte.

 

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Confession d’un soir d’été

Pour l’instant, pas trop de nuages. Ni dans le ciel ni ailleurs. Mais où pourraient-ils se caser ? Bien sûr, dans cet abri qui s’est depuis longtemps logé au fond de moi pour ces importuns. Je leur entretenais la place, la tenais au chaud. Par ici les indiscrets, les jaloux, les méchants. Je ne vous chasserai pas, au contraire, je vous cajolerai, vous éviterai les ennuis. Je prends sur moi les fautes, les incompréhensions. Pire, je les fais miennes. J’ai toujours avancé ainsi. Jusqu’à quand, jusqu’à quelle situation ? Il aura fallu qu’elle soit bien inconfortable, évidente dans toutes ses erreurs, pour que mes yeux se dessillent.

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Impressions & Souvenirs Poésie

Miserere

Misère bleue
Espèce relativement commune
capable de croitre et d’embellir
uniquement pour les amateurs
de délicatesse

 

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Impressions & Souvenirs

« Proustomania »

A la Recherche du Temps perdu !

 

La Recherche : un simple mot, pour trois mille pages.

Je les ai lues en m’astreignant à une lecture assidue, bien que pas toujours très minutieuse, le principal défi étant de venir à bout de ce roman hors normes. Et ainsi, au fil des sept tomes et du défilé des personnages, l’ensemble s’est laissé apprivoiser.

J’ai pu alors sentir le poids des réflexions, jusqu’à la conclusion qui énonce en règle définitive l’effet des souvenirs, réminiscences du passé que l’on croyait oublié. La sensation si connue de la Madeleine n’est pas la seule à permettre cette démonstration. Un bruit particulier, entendu un soir, rappelant un tintement lointain et enfoui, et c’est tout le Temps passé qui rejoint le creuset des émotions. Le secret d’un Temps retrouvé.

 

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Humeur Impressions & Souvenirs

Feue la magie

 

Il était un jour une fête qu’on appelait Noël. Une période mystérieuse pour les tout petits, mais aussi pour les autres. Une magie toute spéciale habitait les maisons des semaines avant la date immémoriale. Religieuse ou non, la fête était sobre, rassemblait une famille autour de quelques gestes simples et traditionnels.

En ces temps si peu « mémorables », Noël est un jour (presque) comme un autre, où se prépare seulement une fête matérielle. Aussi loin de la magie ancienne, aussi peu économe d’excès en tous genres que l’on aurait pu imaginer qu’elle devienne.

Tristesse devant le Noël galvaudé… Le 25 décembre est bien devenu la fête du terre à terre, du réalisme assumé. Une grande déception pour les nostalgiques des fêtes et de leur enchantement !

 

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Impressions & Souvenirs

Rouge

C’était une maison de chaux, presque troglodyte. A l’intérieur, sur ses murs blanchis, une peinture rouge dessinait des mains. Elles formaient une guirlande qui enserrait les pièces, les reliaient les unes avec les autres, courant de bas en haut. Et de chaque doigt naissaient d’autres mains. Cette image rappelait les peintures et dessins de Cocteau au trait juste, parfait.

Une femme avait réalisé cette œuvre, il en ressentit la réalité comme une évidence, le devinant au choix de la couleur des mains : rouge-sang. Des mains qui avaient servi à donner la vie, puis à accompagner. Qui ? Des enfants bien sûr, des nouveau-nés bercés et caressés, nourris, guidés jusqu’à devenir grands.

Et la maison lui apparaissait comme une enveloppe de protection où il pourrait vivre au milieu de ces liens caressants, se laisser prendre par la main et ne plus lutter.

Il sentit en s’éveillant que son rêve l’avait protégé un instant, même bref (comment savoir si notre rêve a été long, si au contraire il n’a duré que ces quelques secondes qui précèdent le réveil ?). Il sut qu’il devait s’efforcer de laisser l’effet durer, que sa journée et les jours suivants devraient se souvenir de la maison où il se blottirait dès qu’il sentirait à nouveau le poids des mauvais jours de l’enfance. Et à nouveau retrouver ce refuge sorti de son subconscient.

Un rêve doux, avec sa part de merveilleux… Pourrait-il un jour, un instant, le vivre à nouveau ?

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Journal 1972

Retrouver au fond d’une armoire un vieux cahier de comptabilité utilisé comme carnet (pompeusement baptisé Journal) et replonger cinquante ans en arrière.

Je trouve aujourd’hui l’image de ces enfants à la fois alertés, inquiets et innocents, judicieusement choisie pour orner le buvard. Ils (les enfants et le buvard !) m’avaient sans doute aidée à absorber les mots que je n’avais pas osé écrire noir sur blanc.

1972 n’est pas une année au hasard. C’est le moment où j’ai choisi de noter, de décrire – même maladroitement – le changement qui commençait à bouleverser ma vie : la prise de distance lente mais devenue très vite inexorable d’une sœur aînée. Elle était un modèle et ce modèle s’enfuyait, glissait au fur et à mesure que les mois passaient.

Dans le désarroi de cette année de mes treize ans, je n’avais trouvé que cet échappatoire : fixer mes réflexions sur ce papier fané comme allait bientôt l’être notre vie commune.