Je cherche le souvenir de nos maisons
pour y marcher sur les pavés rouges
Je cherche les odeurs de sueur du travail
Je cherche une chanson
ses intonations bleues dans les soirs d’enfant
Je cherche les mouvements les bras agités des parents
Je cherche quelque chose d’eux que j’ai gaspillé
quelque chose de rouge et de feu
les joyeux des étés
le son noir des voix d’ici et d’ailleurs
le goût d’une réunion arrosée de fleurs rouges
gorges bloquées
sans mots pour le dire
Catégorie : Impressions & Souvenirs
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Lettre à une soeur
- Auteur de l’article Par adminanna
- Date de l’article 14 avril 2020
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Temps inédit. Moi ici, toi là-bas. Nous voilà vivant pour la première fois depuis quatre décennies la même situation. Je t’imagine dans ta ville, ton quartier, quasi immobile dans un appartement. Tes cheveux gris sont retenus par deux bandeaux serrés sur la nuque. Tes yeux verts peut être un peu éteints maintenant regardent autour de toi derrière des lunettes cerclées de métal. Tes gestes sont lents, tellement rodés depuis toutes ces années où tu les as habitués aux mêmes occupations, alternativement domestiques et intellectuelles. Je t’imagine finalement assez peu troublée par les événements actuels, tant tu as vécu sage et confinée, cloîtrée dans le sanctuaire que tu t’es construit. Dans cette ville, dans cet appartement, tu as sacralisé ton existence, tu l’as muée en sacerdoce, tes gestes et tes pensées exclusivement dévouées à un seul homme. Quelle différence alors, pour toi, cette réclusion imposée ? Elle est ton quotidien depuis longtemps. Il faut m’excuser si ce que je décris là n’est pas conforme à ta vérité. Dans la mienne, celle que j’ai acquise depuis ton départ, tu ne peux être autrement. Je ne peux te faire vivre d’une autre manière lorsque je pense à toi. Et je n’ai pas toujours fait cet effort là, penser à toi. J’ai souvent chassé de mon esprit la condition que tu avais choisie. Le récit de ta vie, je me le figurais d’après nos derniers échanges, tes derniers états d’âme, tes dernières dispositions. Cloîtrée, c’est ainsi que je t’ai imaginée et admise. Alors que moi, je devais vivre, et pour cela parvenir à oublier les incessantes mésententes, les continuelles incompréhensions et les graves disputes. Vivre ma vie : me marier, devenir mère, travailler, puis divorcer, aimer un autre homme, accueillir d’autres enfants, aimer la vie de famille, nombreuse, turbulente et gaie. Aujourd’hui je me vois confinée, sans enfant, sans voix bruyantes et joyeuses, dans le paisible huis-clos du couple. Alors c’est vrai, pour la première fois peut être depuis quarante ans, je me sens réunie à toi, à ta condition. J’espère que comme moi, tu es consternée face à l’imprévu, qu’ensemble nous ressentons la même impuissance. Ensemble, pour une fois, liées par la même cause.
Mars 2020, depuis mon Intérieur
Parution dans le hors-série de la revue Lichen du 14-04-2020
Dis, Patrick, tu les aimes pas les Martin-Rungis ? C’est bien vrai que tu préfères les Montès ? Patrick ne répond pas. Il ne répond pas aux questions bêtes. Sa cousine Aline, c’est la championne des questions bêtes. Qu’est ce que ça peut bien lui faire qu’il préfère celui-ci ou celle-là. De toute façon, c’est elle qu’il n’aime pas, mais elle ne s’en rend même pas compte.
Les grandes personnes, il les aime quand elles sont gentilles, c’est tout. Comme l’oncle Émile. Pendant les vacances, Patrick peut passer des journées entières avec lui, le suivre quand il va dans la forêt pour faire des piquets en bois de châtaigner. Ce qu’il préfère, c’est quand il l’emmène sur sa moto, une Terrot qui fait un bruit d’enfer en remontant les virages jusqu’au village. Accroché à sa taille, il respire l’odeur de l’essence en fermant les yeux pour sentir le vent dans ses cheveux. C’est bien de passer le mois de juillet à la montagne chez l’oncle Émile et la tante Amélie. Elle, elle tient l’épicerie du village. Patrick adore l’épicerie de la tante Amélie. Les odeurs de champignons séchés et de fruits mûrs mélangées à celles du fromage et de la charcuterie pendue aux poutres, les biscuits dans les boîtes en fer recouvertes de papier blanc, les pots en verre remplis de bonbons de toutes les couleurs. La tante Amélie est gentille, même si elle dit tout le temps qu’elle n’aime pas voir les gosses traîner autour d’elle. Oui il les aime bien les Montès.
Au mois d’août, Patrick part dans la famille de son père. Il faut toute une journée pour traverser la France, en partant d’Orange et en bifurquant à Tain-L’Hermitage. En arrivant au pays de ses grands parents, Patrick est toujours un peu malheureux. Il trouve les villages tristes et la campagne aussi, plate, monotone. C’est bizarre mais il trouve que ses grands parents sont comme les villages, tristes et monotones. Sévères aussi. Ils sont sévères parce qu’ils sont riches, c’est ce qu’il pense. Ils ont une bonne qui fait la cuisine et le ménage et aussi un jardinier. Chez lui c’est sa mère qui fait le ménage et il n’y a même pas de jardin. Son grand père est très élégant. Il porte toujours des cravates chics et pour conduire sa voiture il enfile des gants de cuir. Patrick trouve que son grand père est beau. Il va à la ville pour son travail et lorsqu’il rentre il ne faut pas le déranger. Dommage parce que Patrick pense qu’il serait quand même plus gentil que sa grand-mère. Avec eux, il va parfois à Paris, il a déjà visité la Tour Eiffel, Notre Dame… Sur la route du retour, ils s’arrêtent pour dire bonjour aux cousins Rungis. Patrick est amoureux de sa cousine Anne-Claire. Elle est blonde avec de grands yeux bleus, elle a toujours de jolies robes fleuries. Elle est très gentille, elle l’invite à jouer dans sa chambre. Mais il ne veut pas la suivre parce que sa chambre est trop belle, ça le gène. Patrick aime beaucoup les maisons des Martin-Rungis mais eux, non, ils ne les aiment pas. A part Anne-Claire, elle, il l’aime en secret.
Alors, dans la voiture, en rentrant de Paris, il se dit que l’année prochaine, il ne reviendra pas, non c’est décidé il ne reviendra pas chez ses grands parents. Tant pis s’il n’a pas de vacances.
A G. Sand
Ancolies et mauves luisent et poussent
dépôt incessant sur ce sol absent et cette terre brune
La senteur du fumier en écharpe
la verdure continue de montrer sa face vive
crie et rit, jure et jubile sur le tapis de graminées
et le talus de plumes riche des nourritures
Laisser encore verdure se nourrir dès l’aube
près de la mémoire d’un lieu long de quelques décennies
riche de quelques humeurs et malheurs …
Laisser verdure crier ici

Elle était née avant la guerre. Au mois d’août de l’année où les premiers congés payés avaient entraîné sur les routes de France quantités de familles ouvrières. La sienne n’était pas encore de celles qui allaient adopter les loisirs. Son père, arrivé seulement une dizaine d’années plus tôt de Lombardie, quasi analphabète, vivait certainement de manière instinctive le mariage avec la cadette d’un couple de français, mère catholique pratiquante et père aux convictions rigides. (…)
ARLES un jour de grand MISTRAL. Les platanes se décomposaient en lambeaux sur les trottoirs, le vent courbait chaque passant vers son but. La solution était l’abri dans une enceinte close, au cœur d’un monument. Comme lavé par ces langues tempêtueuses, le décor d’eau, de ciel et de pierre s’est fondu dans un gris pâle. Le temps s’est apaisé et nous a offert une longue respiration.
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C’est l’hiver tout doucement
- Auteur de l’article Par adminanna
- Date de l’article 26 janvier 2019

C’est l’hiver dans une lumière éclatée sur les champs de neige du Nord. La ville se colore tout doucement, se couvre de glace, de givre pour briller autrement. Lentement les hommes s’y promènent, pantins habillés de laine molle et chaude. Ils iront ainsi, marionnettes patientes, attendant le retour des jours longs.
































