Le bloc de glace
éclate le roc de granit.
Ici ta main
est dure
ton pas dense.
Il fait froid
pour longtemps
sur la brique
rouge
et l’herbe
blanche.


Gärdet – février 2018
Brrrr !… Un soir de février, la petite fille aperçoit par la fenêtre de sa chambre des traces de pas sur la neige dans la cour à demi éclairée de son immeuble. Elle se souvient que l’autre jour, en balade dans la forêt, elle avait pu voir les empreintes laissées par les trolls dans la neige fraîche. « Mais je ne pensais quand même pas qu’ils viendraient jusqu’à ma maison » … Brrrr !!
A Mariette…
Clapotis alerte de la casserole cuisant le repas.
Chaleur des mets réconfortant mon appétit
de vieux chat à demi endormi.
Clapote le lait de la bouteille à mon verre.
Le chat lape sa ration et me laisse amère.
… se ranimer, se déclamer, s’étonner, se déjouer, s’inventer, se vouloir, se brancher, se mouvoir, se serrer, se solidifier, se colporter, se gommer, se révéler, s’émouvoir, s’imiter, se lire, se relire, s’allumer, se défaire, se délimiter, se démêler, se jouer, se livrer, se donner, se respirer.
Mais quoi encore ?
Josef Frank, architecte autrichien émigré à Stockholm et amoureux de la Drôme, a été l’un des premiers dessinateurs du modernisme suédois. En plus de croquer ses créations, il peignait l’hiver les intérieurs des appartements du quartier de Gärdet à Stockholm ouvrant sur des rues enneigées, et l’été, les paysages ensoleillés de la Drôme provençale. Du Nord au Sud, autant d’atmosphères fidèlement rendues, je peux en témoigner !
Le petit géranium à la recherche d’un rai de lumière devant la fenêtre :
un classique à Stockholm …
Comme il a raison Jules Laforgue d’insister sur la difficulté d’apprendre les langues étrangères… Pour dépasser notre langue maternelle, « il faut […] vivre parmi des gens qui parlent couramment trois langues ». On le connait bien, et on le déplore aussi, ce manque d’aisance à baragouiner anglais, italien, espagnol, allemand, suédois, chinois ? ! … Même si nous ne sommes pas comme lui lecteur d’une impératrice allemande.
Frises, bandeaux et motifs de pavage ; feuilles d’acanthe ou fleurs de lys : des ornements que l’on aime retrouver pour leur simplicité, la douceur de leurs tons, le fondu des huiles estompées par le temps. Comme ici sur un monument gordien.
Dans peu de temps, le centre de nos petites et moyennes villes sera réduit à sa plus simple expression. Pour la génération née au début du vingt et unième siècle, quel visage auront ces lieux de vie d’ici cinquante ou quatre-vingts ans ?
Les plus curieux de nos enfants, les plus rêveurs ou les plus nostalgiques (s’il en existe encore), pourront visiter les quelques monuments rescapés, peut être rénovés. Certains se lanceront dans l’étude des vestiges d’activités exercées par leurs parents ou grands parents … Alors, devenus parfois donateurs, bienfaiteurs ou infatigables artisans de la rénovation, ils sauveront églises et chapelles, halles, remparts, lavoirs, bassins et fontaines …
En tout cas, c’est ce qu’il faut souhaiter aujourd’hui.