Autre temps

Il était assis, se leva, trébuchant entre les petites tables. Il y avait vraiment trop de meubles dans cette maison… Il regarda autour de lui tout ce que ses parents avait laissé en partant. Objets plus ou moins précieux, tableaux un peu délabrés, livres par dizaines sur des rayonnages poussiéreux, rideaux trainant sur les sols fatigués par les passages d’enfants et d’adultes. Et ce nombre impressionnant de sièges, chaises et fauteuils recouverts de toiles fanées. Ils avaient aimé tout ça, y avaient mis toutes leurs envies de chaleur et de confort. Pourtant, au fil des années, ils auraient préféré en finir avec ce trop plein de tout et ils savaient que leurs enfants se débarrasseraient immédiatement des encombrants. Le fils se rassit sur le bord du canapé bleu, une boite de bois noir aux fermoirs dorés dans les mains. A l’intérieur, des punaises, du ruban adhésif et une petite paire de ciseaux. Les restes d’un bricolage d’amateur, gardés là pour un enfant un peu doué de ses mains. Il l’avait toujours vue, cette boite mal en point, posée sur une table noire et bancale elle aussi. Après le départ des parents, peut être tout devient-il bancal, pensa-t-il. Et les souvenirs s’enfuient aussi vite que la vie reprend le dessus. Il reposa la boite, ouvrit la fenêtre. Le jour éclaira ce tableau sombre, leur dernière découverte, la première d’un nouveau genre. Un travail abstrait, une autre esthétique, une nouvelle vision, plus actuelle, plus dynamique. Il se dit qu’ils avaient été jeunes en ces derniers temps, que leur esprit de curiosité était résumé là. Puis il referma la fenêtre et les volets sur le silence de la maison qu’il faudrait vider rapidement. Elle allait être vendue, elle serait investie par d’autres femmes, d’autres hommes. Peut être qu’entre ces murs la trace de ceux qui les avaient fait bâtir resterait imprégnée, qu’involontairement, les nouveaux occupants continueraient à amasser les objets. « Mais non, tout ça c’est dépassé, moi qui ai grandi dans ce décor, je ne supporte plus que le blanc ! » Cela lui semblait d’une telle évidence ! Et, sans un regard autour de lui, il ramassa ses affaires, prit ses clés de voiture et ferma la porte à double tour. Il reviendrait le lendemain à quatorze heures pour le rendez-vous avec l’agent immobilier et les futurs propriétaires.

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