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Poésie

Revue ARPA

« LES SAISONS », parution au n° 143, mois du printemps

J’entends le crépitement du soleil
qui bout sur les herbes
Et elles s’enflamment
quand la chaleur monte
Je l’entends depuis l’enfance
quand le lait brûlait dans la casserole
en furieux débordement
le long du fer chauffé à blanc
J’entends le crépitement des voix
de ces matins
au sud de la ligne qui touchait les espoirs

Un vent salé
mouille mes joues
Sous la lumière chaude
le ciel jette des armes de feu
sur l’herbe jaune et rare
comme mon souffle d’enfant

L’herbe sèche au fort soleil
habite les rides
de nos maisons fatiguées
Et inlassablement
croît et embellit
sur les tombes
et leurs mains endormies

 

Soleil faible
amaigri de toute sa pâleur
Nous devions aller
le vent le froid enlacés
Nous sommes restés assis prostrés
Cachés sous la laine
des lumières intérieures
nous cherchons la dernière chaleur
La lueur s’efface et dans le soir tombant
nous rêvons mollement
L’hiver est un voyage usé

Cette nuit l’arbre a été abattu
mutilé par des outils
L’homme à ce travail
a oublié son passé
sa naissance de feuille et d’eau
Les branches sont tombées
lavées sous une pluie soudaine
Une odeur de ramure
me touche au visage
Sauver cette trace
avant qu’une nouvelle nuit
n’endorme le désordre

Le vent a cessé
la chaleur a pris tout l’espace
Je vois s’éteindre la verdure
sous les mousses sèches
Je voudrais me couvrir d’herbes
poussées sous les menthes
et me noyer
dans un décor de fraîcheur
pour sentir les choses

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Poésie

Revue Comme en Poésie n°97

Cinq textes, parus dans le n°97 de la revue Comme en Poésie, comme une « Météo intime »…

Brûlante journée / plaquée au vent / et à ses poussières nomades // J’écoute les bruits / que seuls les insectes savent  sauver / et je règle ma respiration à leur rythme // Eté étouffant que j’aime pourtant / l’âme en feu

La fenêtre ouverte / sur un vent de printemps // Des nuages dessinent des masques / sur la terrasse // Seul le vrai soleil d’été / pourrait me parler d’un souvenir / enfoui // Peut être parce que je n’entends / aucun rire / autour

Fleur en train de faner // Sa tige meurt sous le parfum / et je dessine son image // Pétales – un à un – /stries et corolles // Je les touche avec la langue / pour en saisir le goût / les retenir dans cette faim / disant la défloraison // C’était le jeu de l’enfance / quand apprendre la nature / était une fin

Exercices des oiseaux / dans le vert des arbres // Haut ciel balayé / de ce vent fou // Mistral excitant la froideur des rapaces / qui décrivent nos espaces // Jamais le vent / ne me consolera // Il passe / vibrante blessure sur ma peau

A travers les vitres de la voiture / ce paysage d’où les hommes sont absents // – Et les jours se déroulent sans choix – // La vie à toute vitesse / sous la pluie comme sous le soleil // J’avance sur l’asphalte tiède / sans regard autour // Il est trop tard

Autres textes déjà parus dans la revue Comme en Poésie

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Poésie

Encore des mots assemblés…

Toujours la même histoire

Il était resté à son bureau pour préparer les débats du lendemain. Il savait qu’il n’avait que cinq voix d’avance : il verrait bien le mois suivant s’il avait gagné son pari. En vrai politicien, il préférait suivre le cours de son époque. Il pensait en effet que les mouvements progressistes se rangeaient originellement devant la loi du plus fort. Et pour accompagner ses réflexions, il monta le volume de la radio qui diffusait en toute solennité « l’hymne du grand saut ». A chacun sa manière de faire !

Vingt cinq mots – L’échiquier – Jean-Philippe Toussaint

Page Poésie-fiction

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Ecrits courts Poésie

Exercices « Poésie-fiction »

Musique émoi

Quelle nécessité m’avait poussé à monter ces escaliers, à escalader la paroi au risque de me tuer ? Personne ne m’y avait invité, pas même mon meilleur ami. Seul, j’avais dû jouer des épaules, serrer les poings pour éviter les dégâts. Je n’avais plus aucun doute : au bout du parcours, il y avait ce clavier, je pourrais enfin y poser les doigts ! Je savais que la curiosité guiderait les habitants de ce coin, qu’ils se dirigeraient droit vers moi et vers cette musique que je leur offrirais. Je voyais maintenant que j’avais su repérer les raisons de mes actes et relever le défi. Après l’attente sèche et stérile de l’enfance, je commençais vraiment ma vie d’adulte.

Vingt-cinq mots – Jean-Baptiste Andrea – Des diables et des saints

Une brûlante journée

Une remarquable impression semblait la parcourir, comme une exquise sensation de faim, un désir de vie. Un tumulte, une façon d’admirer la sombre magie de cette journée la réchauffaient. Elle pensa : c’est un début de parcours, pas seulement un ton nouveau, une nouvelle attitude, mais une façon de sentir entièrement revue et corrigée ! Oui, elle se dit cela et elle en fut réconfortée au point de penser qu’elle allait pouvoir enfin écrire son premier roman psychologique.

Vingt-cinq mots – Joyce Carol Oates – Journal 1973-1982

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Humeur Poésie

In LE DEVERSOIR INVOLONTAIRE

Nouveaux extraits …

Poésie pénurie – La poésie fatigue tout espoir, décourage le soulagement. La poésie des mots que l’on veut écrire soi-même. Celle des autres rend envieux le plus souvent, on sait que telle, ou même approchante, elle ne nous sera pas offerte facilement. Quand la première lettre du premier mot tarde à se tracer sur la feuille… et qu’on espère tant qu’elle nous emporterait dans un nuage léger ou encore mieux vers des émotions un peu dingues, et tellement profondes ! La main, la tête alors cessent tout travail de l’intelligence et de l’instinct, le crayon retombe dans un bruit silencieux : notre voix ne s’est pas fait entendre !

Voyage performance – Dans une nuit et deux jours, non dans deux jours et deux nuits, plutôt dans deux jours et une nuit…. Enfin, dans pas mal de temps, le voyage prendra fin. Comment compter les heures quand le vol vous suspend du fin-fond de l’est vers le cœur de l’ouest, bon sang, on se perd à balader d’un bord de la terre à l’autre, quel temps gaspillé en catimini dans les entrailles d’une carlingue … Pour quelques découvertes, des retrouvailles familiales, des affaires à faire… C’est ainsi que beaucoup d’hommes vivent, le voyage rivé à la peau, à la tête et aux jambes. Comme le sport aux affamés de performances.

L’artichaut – Il cuit si difficilement, surnageant sur le dessus de la casserole qui n’arrive pas à le contenir. Il est presque sphérique, enroulé autour de ses solides écailles. Combien de minutes lui faudra-t-il pour lâcher prise et se laisser amadouer, devenir tendre et désirable. Il demande tellement de patience pour se faire apprécier ! Ne ressemble-t-il pas à ces bougons, ces ours mal léchés, ces grossiers personnages que l’on croise à l’occasion. Et que l’on voudrait oublier illico. Contrairement au ci-devant mal poli, l’artichaut offre tout de même sa part de générosité, le goût subtil et précieux de ses pétales une fois décortiqués. Comme le cadeau d’un parfum rare. Allez, merci l’artichaut, et sans rancune !

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Humeur Poésie

Jeu de massacre

S’ouvrir chaque matin
à un parfum d’air pur
pour que tout dans le monde
donne sa pleine saveur
et que chaque enfant marche
où ses pas feront sens
Mais l’amour vient de si loin
pâli fatigué par les lames du temps
aiguisées à notre esprit incrédule
Le reconnaître est un jeu difficile et cruel

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Impressions & Souvenirs Poésie

L’été, et après…

Le ballon a crevé sous l’assaut de l’été,
petite sphère abandonnée comme les jeux des enfants.
Le froid l’a remisé au pied poussiéreux des arbres de l’automne,
l’a caché sous les branches en train de tuer le temps des vacances.
Les rires s’entendent, lointains

Plus de jeux d’eau,
la pluie mouille la vague ridée
de la piscine.
Le bleu a fini de se dissoudre
dans la joie et les voix.
Plus rien ne rappelle
les temps futiles
et les pas des enfants
se noient dans le bain froid
de la première gelée

 

Oubliés les dessins
sur les murs…
Oubliées les voix
éclatées et railleuses…
Oubliés les pas, les paroles et les pleurs…
Plus que le creux des chambres
blanches et froides,
plus que le gris et le noir –
lumière nue.
La clé a été cachée
sous le paillasson
et les volets fermés
au seuil du jour

J’entends le vide se durcir.
Dans son endormissement,
la maison l’absorbe
pour en faire son voile d’hiver.
Pourtant un bruit tinte
sous la lampe restée éveillée.
Comme le furtif égrènement
du récit de ces vies
pleines et joyeuses,
gorgées de rires
à satiété

Que dire aux enfants perdus ?
Que le chemin les précède
mais ne les suit pas…
Que dire aux enfants déçus ?
Que la joie est un chapiteau
à dresser sur le pré,
sous le ciel de Cassiopée à
Céphée…
Que dire à l’enfant en train
de grandir ?

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Poésie

Exercices « Poésie-fiction »

Cordiales associations

Souffrir la distraction des trouble-fêtes
Sentir l’isolement et partir seul
Voir les larmes versées conquérir la maladie
Isoler les racines élégantes de la vanité
Et se détacher du monde

Vingt mots – Les plaisirs et les jours – Marcel Proust

Un humain sans défauts

Beau, mais indifférent à l’habitude du mariage. Puceau ? Peut-être… Parler à une femme ? Ce serait certainement la chose à faire, quoique… Ce n’est pas là sa foi, ses baisers, il ne les dédie qu’à sa sœur. Mais il faudrait pourtant bien en finir, se décider un jour. Et que la mariée porte une immortelle robe de velours, dans un grand hall à l’architecture imposante ! Il n’en revient pas. Aurait-il pris la décision ? Ce serait son manifeste !!

Vingt-cinq mots – L’immortalité – Milan Kundera

Rescapée

Elle avait résisté, pour ne pas se sentir dérangée au-delà du raisonnable. Les beaux jours étaient arrivés progressivement. La joie s’était répandue dans la maison, dans la rue. Sa mère dormait paisiblement dans son fauteuil. Un jour, elle serait maman, aurait un enfant, elle aussi saurait donner de l’amour, bien plus que de l’amitié. Et quand la sonnette avait retenti, elle avait ouvert au passant, lui avait proposé de rester manger. Elle se sentait enfin éveillée, heureuse, prête à vivre dans l’abondance des sentiments, à poursuivre le chemin.

Vingt-deux mots – Mal de pierres – Milena Agus