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Impressions & Souvenirs Poésie

L’été, et après…

Le ballon a crevé sous l’assaut de l’été,
petite sphère abandonnée comme les jeux des enfants.
Le froid l’a remisé au pied poussiéreux des arbres de l’automne,
l’a caché sous les branches en train de tuer le temps des vacances.
Les rires s’entendent, lointains

Plus de jeux d’eau,
la pluie mouille la vague ridée
de la piscine.
Le bleu a fini de se dissoudre
dans la joie et les voix.
Plus rien ne rappelle
les temps futiles
et les pas des enfants
se noient dans le bain froid
de la première gelée

 

Oubliés les dessins
sur les murs…
Oubliées les voix
éclatées et railleuses…
Oubliés les pas, les paroles et les pleurs…
Plus que le creux des chambres
blanches et froides,
plus que le gris et le noir –
lumière nue.
La clé a été cachée
sous le paillasson
et les volets fermés
au seuil du jour

J’entends le vide se durcir.
Dans son endormissement,
la maison l’absorbe
pour en faire son voile d’hiver.
Pourtant un bruit tinte
sous la lampe restée éveillée.
Comme le furtif égrènement
du récit de ces vies
pleines et joyeuses,
gorgées de rires
à satiété

Que dire aux enfants perdus ?
Que le chemin les précède
mais ne les suit pas…
Que dire aux enfants déçus ?
Que la joie est un chapiteau
à dresser sur le pré,
sous le ciel de Cassiopée à
Céphée…
Que dire à l’enfant en train
de grandir ?

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Poésie

Exercices « Poésie-fiction »

Cordiales associations

Souffrir la distraction des trouble-fêtes
Sentir l’isolement et partir seul
Voir les larmes versées conquérir la maladie
Isoler les racines élégantes de la vanité
Et se détacher du monde

Vingt mots – Les plaisirs et les jours – Marcel Proust

Un humain sans défauts

Beau, mais indifférent à l’habitude du mariage. Puceau ? Peut-être… Parler à une femme ? Ce serait certainement la chose à faire, quoique… Ce n’est pas là sa foi, ses baisers, il ne les dédie qu’à sa sœur. Mais il faudrait pourtant bien en finir, se décider un jour. Et que la mariée porte une immortelle robe de velours, dans un grand hall à l’architecture imposante ! Il n’en revient pas. Aurait-il pris la décision ? Ce serait son manifeste !!

Vingt-cinq mots – L’immortalité – Milan Kundera

Rescapée

Elle avait résisté, pour ne pas se sentir dérangée au-delà du raisonnable. Les beaux jours étaient arrivés progressivement. La joie s’était répandue dans la maison, dans la rue. Sa mère dormait paisiblement dans son fauteuil. Un jour, elle serait maman, aurait un enfant, elle aussi saurait donner de l’amour, bien plus que de l’amitié. Et quand la sonnette avait retenti, elle avait ouvert au passant, lui avait proposé de rester manger. Elle se sentait enfin éveillée, heureuse, prête à vivre dans l’abondance des sentiments, à poursuivre le chemin.

Vingt-deux mots – Mal de pierres – Milena Agus

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Humeur Poésie

Le mal de mots

Ecrire en riant, ricanant, jonglant, se répétant… Ecrire comme on marche, en tâtonnant et rebondissant… Délirer, en rêver éveillé ou endormi… Et, la tête et les mots à l’envers, se délivrer du mal des maux.

AG  2012

Pré au clair
carré fleuri
c’est l’été à ceci près
Claire la lune
près du ciel
étalé sur la pelouse
carré fleuri
La lumière la nuit
éblouit
le pré clair comme
la fleur de lune

Gentil verbe
poli ciré
mot lisse policé
de liesse et gentillesse
virtueuse et gentilleuse
allégresse
polie cirée
en liesse verbeuse
Merveilleuse
cire polie
liseuse de gentil
verbe
et diseuse d’allégresse

Il y avait
on le sentait
il nous submergeait
On avait senti le submergement
du mal de mots
qui nous tenaillait
Il était accroché comme
le cadenas sur le pont
de l’île des mots
Et l’on crachait au gré
du mal de mots
dans l’île qui tenaillait
le mal du pont
qui nous accrochait
On le sentait il y avait
comme le submergement
de mots du mal de l’île
Il y avait ça !

A Paris j’ai souri
j’ai appris à faire des paris
sur les pavés malappris
des partis pris
A Paris les souris
parent les parvis
rats et souris malappris
sans partis pris
A Paris je suis partie
pour faire des paris
sur la vie

Dame ma dame
madone modelée comme le modèle
mimé en momie
Dame ma dame
damée au pied du mol domaine damné
Dame ma dame
madone nonotone

Balle au rebond
ping    pong    boiiinng
don et rebond du bon
va et vient
du bon au nauséabond
La balle bondit
sur le rebord du balcon
boiiinng !

Je joue tu joues il joue
Je jouxte tu jouxtes il jouxte
Je jonche tu jonches il jonche
Quand nous jetons-nous

Pédant pétale paradant
pois et senteur une fois nés et raffinés
fleur écartée de tous ses pétales
Joli mois de mai en forme
de pois pétales et odeurs tenaces
Pédant parfum paradant

Sur le rivage
on nageait
on ravageait
le village
au bord de l’Ô
Et du rivage d’en Ô
on voyait le village
d’en bas
raser le bord de l’Ô
ravageant le banc
du rivage en nageant
Ô !

Branle-bas de bataille
au fond des muscles
des liquides et des humeurs
Rides du mal souffert
moulé creusé
de sillons de bataille
saccagés et ravagés
Corps abîmé
sous le mal des liquides
et humeurs passés

Crucifix moi
croix moi
Jure-moi
croise jure et
écartèle le moi
sur la croix
accroché à tes jurons
Crochète-moi
au pied de la croix
rouge feu et sang

Proverbe en verbiage
et bavardage prononcé
oralement et proverbialement
Eructé et projeté
de verbe en verbe
Gerbe d’éclatement
et  éructement
pour signifier
le mot

L’ire est vraie
et lire me plait
quand je varie et vacille
L’ire alors me pliera
et je serai une plainte
au fond du livre

Se trouver
se chercher se ranimer
se déclamer s’étonner
se déjouer s’inventer
se vouloir se brancher
se mouvoir se serrer
se solidifier se colporter
se gommer se révéler
s’émouvoir s’imiter
se lire s’allumer se défaire
se délimiter se démêler
se jouer se livrer
se donner
et
se respirer

En heures et en heurts
le temps creuse
Heurts de sons
et heures de somme
Horaire de sommeil
rare et temps heurté
Creux des heures
temps nu et temps morcelé
Le vide creuse
et le sommeil
rarement me croise

Spectateur ébahi
au bas de la scène
éblouie de brume spectreuse
Ebloui par l’écran
des nuits scéniques
embrumées d’ébahissement
Spectacle veilleur de nuit

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Impressions & Souvenirs Poésie

Souvenir

Mon pied se posait
sur le noir du pays
dans cette cour d’école
accolée à la maison
Je repense à son odeur
de goudron chaud
et aux feuilles de ses arbres
dans les saisons fraîches
Grandir était ma seule occupation
sous la prudence de mes huit ans
Je sais que je n’ai rien gagné
aux jeux des espoirs

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Impressions & Souvenirs Poésie

Devoir

Laisser la nuit
boire le jour
à la morsure du soleil !

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Ecrits courts Poésie

La mare perdue

Je regardais le ciel épais*. Epais comme un miroir dans l’obscurité, lourd comme mon pas hésitant. Tout était obturé, fermé aux quatre coins du lieu. C’était pourtant une journée d’été. Je voyais ce ciel lourd. La maison était chaude, envahie de canicule. Je décidai de sortir, de quitter un abri devenu inconfortable. La campagne, blessée par le gris des rayons du soleil caché sous des nuées amoncelées, respirait en silence. Dans le chemin, les odeurs se terraient sous les buissons, les herbes n’ondulaient pas. Les haies de cyprès n’avaient pas d’ombre, le ciel tombait au droit de leurs silhouettes effilées.

J’allai plus loin, vers la colline, vers les sous-bois de chênes, seule fin pour retrouver, dans une odeur de menthe et de citron, une idée de légèreté. Et faire reculer ce poids étalé sur le corps, la moiteur du toucher de la peau, les ruisseaux de sueur dans les cils et les yeux dans leur éblouissement.

Puis, je ne vis plus rien nettement, des taches mouvantes sursautaient devant moi, je marchais hésitante, un peu inquiète, mais aussi presque soulagée par cette subite retraite de la vue. Je sentais que j’allais profiter d’un répit, me détacher de mon image trop nette. Jusqu’à quand, je ne le savais pas et cela n’avait pas d’importance.

Je me dis simplement que si j’avançais encore dans le sous-bois retiré, une légère étendue d’eau, une minuscule mare perdue là au bon endroit me rendrait mon image reposée, mon regard s’y reconnaîtrait et les petites taches sautillantes disparaîtraient. Croire en ce mirage et avancer sereinement.

*Anita Conti (1899-1997)

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Poésie

Rendez vous

Une barque une eau bleue
Soudain les souvenirs d’un bain
qui aurait dû me baptiser
Aucune main ne m’a guidée
jusqu’à la source
que je n’ai pu atteindre
Lui c’est le lierre
qui unit le bord du lit
au fleuve apaisé
dans une danse flottée
Nous aurons manqué
les rendez-vous
au fil de l’eau

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Poésie

Gober le fruit

Ce qui compte
c’est tenir la main des saisons
c’est le ciel du matin
dessiné sur ma joue
Et puis aimer l’amour
s’accrocher à nos rides
comme à un sourire
Ce qui compte
c’est gober le fruit poussé
par surprise au bord
de l’âme des choses