Faire parler l’encre et le brou de l’arbre
Tirer la moelle de leur suc liquide
et voir le dessin
glisser au bout des doigts
Ecrire à l’encre sur le front
dans un halo boisé de pigments
jusqu’à ce que d’un geste
naisse la couleur
Je me tenais immobile, observant le rythme des ailes des papillons se reflétant dans la fenêtre. Bientôt, à l’avant de la terrasse, se dessina toute la grandeur de l’heure tardive. Cette vision effaçait tous les problèmes. J’oubliais le hasard des douleurs et la blancheur de mes mains craquelées. Il était tard, la nuit d’avril descendait sur moi, je me blottissais dans la lenteur de l’instant.
Elle nous épie pour cela
de son doigt pointé tout près
pour nous montrer le couvert essentiel
Elle épie
du regard de ses paupières douces
Et c’est peut être de l’amour en-dessous
cousu entre le ciel qui protège
et la terre qui accueille
Elle sait
qu’on suivra le chemin
la route longue qu’elle a montrée
au premier jour
dans la lumière forte des cris et des douleurs
sous les vents
aux quatre coins et encore ailleurs
Je sens que je me délite. Je vogue au-dessus des clameurs, des mouvements extérieurs. Je respire difficilement, je caresse ma peau ambrée pour me sentir vivant. Il y a quelques jours encore, j’allais bien. Et depuis cet instant, le flou, le trou, cet abysse où je plonge. Membres sans muscles, tête sans réflexion, poumons sans oxygène. Je ne reconnais plus mon espace vital, les bruits changent autour de moi. La lumière est ocrée, des ombres évoluent dans l’espace clos. Suis-je malade ? Dois-je lutter contre un ennemi ? Il doit être invisible, je ne l’ai pas vu approcher. A moins que je ne sois ce petit poisson qui évolue harmonieusement dans son monde fermé, éclairé jour et nuit par les reflets de l’eau sur son dos et ses écailles savamment disposées. Le débit de l’eau de la fontaine est mon pouls, ma force, les algues furtives sont ma nourriture. Un poisson libre de nager sans entraves, fondu dans son décor.
Je n’inventerai jamais le soleil levant
la lente apparition qui réchauffe
le dard jaune fiché dans le sommet du pin
le reflet mourant sur la fenêtre
la goutte de lumière entre deux feuilles mortes du vieux chêne
les couleurs éclatées au ciel après la pluie
les éclairs rouges et bleus au coin du toit le soir
Je sais que mes journées avanceront
dans des couleurs de mouchoir fripé
à tâtons à l’ombre des questions
Le haïku naît devant un feu de bois, une lumière matinale, un jour de pâle ciel de pluie. Il est joie vive d’un instant, rumeur bruyante de solitude. Il s’écrit sans rime, en écho à des profondeurs inexprimées, effluves à fleur de peau. La beauté ou la tristesse lui donnent sa légèreté ou sa torpeur. Mais quel goût, prononcé à mi voix ou à haute voix, laisse-t-il au fond de la gorge ?